samedi 5 août 2017

Ekambareshwara, premier contact avec les rituels, et première arnaque

Ekambareshwara est un énorme temple en activité dédié à Shiva, dans son rapport à la terre, et édifié au début du XVIème siècle. Il en existe trois autres au Tamil Nadu dédiés à un élément : le feu à Tiruvannamalai, l’espace à Chidambaram, et l’eau à Trichy, que je verra successivement. Un cinquième consacré à l’air est situé dans l’Andra Pradesh.

L’entrée du temple est précédée d’une galerie couverte d’une centaine de mètres, qui borde l’un des côtés d’un bassin sacré. C’est un lieu d’échange et de réunion. Des hindous y récitent des mantras en groupe, d’autres mangent ce qui est préparé sur place par de petites échoppes, les passants prient, sacrifient ou se prosternent, d’autres enfin attendent ou dorment.


J’hésite à rentrer sous le portique, car je ne sais pas où commence la limite de l’espace interdit aux non croyants, alors un homme petit et entre deux âges me dit « Come ! » en me faisant signe d’entrer, avant de se détourner rapidement.

Il ne me perd cependant pas de vue, et alors que je m’approche de l’entrée du sanctuaire, le revoilà qui surgit devant moi. Il me donne quelques informations basiques sur la construction du temple, avec un accent difficilement compréhensible, et me fait signe de le suivre à l’intérieur. Je me dis que ce sera sans doute plus simple d’avoir un guide pour me repérer, et je le suis.

Mais si tôt atteint le seuil, un comparse s’interpose en indiquant que c’est interdit. Mon guide me dit que je peux entrer quand même si je graisse la patte du cerbère, qui s’éclipse donc rapidement avec 200 roupies (3 €). Je pénètre dans le temple avec le frisson de l’explorateur conscient de faire quelque chose de tabou, d’autant que je ne verrai aucun autre occidental pendant toute ma visite.

L’intérieur du temple est composé de galeries larges aux colonnes sculptées, la pierre est noire et il y a peu de lumière, faute d’ouvertures, malgré les néons suspendus au plafond. Sur les côtés sont alignés des linguam symbolisant Shiva devant lesquels des petites chandelles brillent parfois. Les photos sont interdites.

Ces galeries ceinturent les zones les plus sacrées et permettent la circumambulation des fidèles. Mais je me rends vite compte que l’endroit interdit est en fait nettement plus restreint que je ne le pensais, et d’ailleurs clairement délimité par un panneau. Je me suis bien fait avoir, mais bon, c’est pas grave.

Ce qui est embêtant c’est que je comprend seulement un quart de ce que dit mon guide, j’ai l’impression d’être devenu nul en anglais. Mais d’après les bribes que je comprends, il ne me donne pas beaucoup plus d’informations que ce qu’il y a dans mon guide.

Nous arrivons près d’une petite cour où poussent les restes d’un manguier vieux de 4000 ans, selon la légende locale. En pratique, il ne pousse plus qu’un arbre à peine adulte, peut être un rejet du végétal originel, mais rien d’impressionnant. C’est sous cet arbre qu’un avatar de Parvati, épouse de Shiva, se consumait de désir pour lui. Il est possible de faire le tour de l’arbre et de recevoir la bénédiction d’un prêtre, ce que je fais, et je reçois un tilak, une marque au front, en échange d’un petit don.

Je ferai le même cérémonial ailleurs dans le temple, autour d’une statue de Shiva dansant, couvert de fleurs. Là le prêtre protestera contre le montant trop faible de mon aumône, en disant que les aumônes commencent à cent roupies pour les touristes. Personne ne perd le nord ici, ce qui ne m’empêche pas de m’en aller sans autre abondement.

Mon guide a vraiment un regard fuyant et je suis bien content de m’en débarrasser peu après, pour retrouver mon chauffeur de tuk tuk, que je fais me déposer près d’un restaurant végétarien, enfin je ne sais pas pourquoi je précise, il n'y a que ça ici.