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vendredi 4 août 2017

Trajet zombie vers Kanchipuram

Après avoir un peu galéré pour trouver comment joindre Kanchipuram, je finis par prendre un bus local vert. J'aurai un changement. J'ai beaucoup de mal à me faire comprendre des employés publics, et la fatigue se fait sentir. Je finis par comprendre qu'il faut que je mette mon gros sac devant, dans les pieds du receveur.

Car en Inde, il coûte moins cher de rémunérer des salaires que d'automatiser les processus, et toutes les activités se font donc avec un luxe de moyens humains que nous ne connaissons plus. C'est frappant dans les mini-markets où les vendeuses pullulent, alors que nos hypers sont de plus en plus vides. Nous avons supprimé tous ces petits boulots, en parvenant même à nous féliciter de la disparition de ces tâches peu gratifiantes voire pénibles. Et pourtant ce sont autant d'emplois faisant vivre des familles que nous avons méthodiquement chassé de notre horizon, enfin, pas pour longtemps puisqu'en définitive leurs titulaires potentiels se retrouvent dans la rue. Il y a certes des pauvres et des mendiants en Inde, mais je ne suis pas certain que nous faisons mieux depuis 30 ans.

Nous partons donc par les petites routes. Celles-ci ne permettent pas à deux véhicules de se croiser aisément, mais cela n'empêche pas le chauffeur de foncer aussi vite que son moteur le lui permet (cela demeure raisonnable). Le bus est très vieux, le levier de vitesse est en partie relié au moteur par des ficelles, mais ça marche.



Le seul problème est que je ne sais pas si ma correspondance est au terminus ou pas. Je n'ai pas de connexion réseau, je suis épuisé, je finis par descendre à ce qui ressemble à une gare routière d'importance. Je fais même au revoir au chauffeur. Son collègue me rattrape sur le bitume et me dit de remonter, ce n'est pas encore là. Plus tard, une fois arrivés à destination, il m'accompagnera jusqu'au second bus et refusera un pourboire pour ses bons soins, mais sourira devant mes remerciements soulagés (même si on ne se comprend pas vraiment).

Le deuxième trajet s'effectue de nuit : les phares y arrachent les fantômes de pâles motocyclistes, de bœufs ou de charrettes peu réactives aux coups de klaxon, mais finalement je m'en moque et nous arrivons à destination après trois heures de route, pour environ 70 kilomètres. Un tuk tuk, un repas dans le restaurant de l'hôtel (malheureusement animé par une bande son à base de flûte de pan pour aéroport), et au lit.


Temples et sculptures monolithiques à Mamallipuram

Les premiers temples ou sculptures que je vois sont très anciens (VIIème), et ont directement été sculptés dans des blocs de granite, choisis pour leur forme. Les quelques temples sont donc troglodytes, comme la Varaha Cave. Il est dédié à Vishnu, sous sa forme d'ours extrayant la Terre (Bhudevi) des flots.



Dans un autre temple, le Mahishasuramardini Mandapa, il y a deux bas reliefs en demi bosse, toujours de la même époque.

Au nord la déesse Durga combat un démon personnifiant le mal, lequel doit amorcer sa retraite devant les huit bras armés de la déesse.



Au sud Vishnu se repose sur un serpent sifflant des flammes vers des démons situés à droite.


Et puis il y a aussi à environ un kilomètre, des blocs sculptés, les cinq rathas. Ils sont supposés n'avoir jamais été consacrés et avoir servi de terrain d'entraînement pour les sculpteurs que faisaient travailler la dynastie Pallava.






Les sons et les couleurs du temple du rivage

Le temple (VIIIème, dynastie des Pallava) est petit et en partie détruit, mais il a l'avantage d'être situé sur un petit cap séparant deux plages de Mamallipuram, sur lesquelles stationnent de longues felouques, évoluent des chevaux ou pointent des surfers en long-board.



Il est ceinturé par une enceinte de lions sculptés. C'est un des premiers temples indiens non monolithe, c'est-à-dire construit en pierres de taille, et non excavé ou directement sculpté dans un rocher.



Sur le petit périmètre du temple, où je vois beaucoup de jeunes couples indiens, les femmes offrant les couleurs de leur sari, je repère aussi mes premières corneilles. Elles remplacent les pigeons ici, sauf qu'elles sont bien plus agressives. J'en vois trois poursuivre à coups de bec un petit oiseau qui ne parvient plus à s'envoler. Elles croassent, et attendent une occasion perchées sur les clôtures de la zone archéologique.

Il y a aussi le fracas des vagues frappant l'eau, des chevaux sur la plage, et des écureuils courant dans l'herbe la queue dressée.

Mamallipuram, site exceptionnellement touristique

On m'avait prévenu, je ne vais pas tarder à le constater rapidement : Mamallipuram est un site touristique. Est-ce la proximité avec Chennai (Madras) ? La ville est bourrée de commerces de sculptures en pierre du panthéon hindouiste directement fabriquées dans l'arrière-boutique. Il y en a plus d'une centaine alignées le long des rues, on se croirait à Lourdes !

Pourtant le lieu n'est pas un site de pèlerinage, mais il est prisé, y compris par les Indiens, qui défilent ici en masse, en se tirant le portrait entre eux dans les sites archéologiques, tous réunis en groupe (ci-dessous devant le bas relief de la descente du Gange, VIIème siècle), ou encore en individuel avec une main gentiment posée sur une statue.



Bref comme des touristes quoi. C'est l'avantage avec l'Inde, nous occidentaux avons beau venir en masse, nous sommes noyés dans la masse. Et plus je m'enfoncerai dans le Tamil Nadu, moins j'en verrai, jusqu'à me sentir très isolé. En revanche, avant Pondichery, je ne verrai aucun centre ville aussi calme.

Comme je n'ai pas encore compris que réserver ses billets de bus à l'avance avait peu d'utilité, et même n'était pas possible sur les lignes locales que je vais utiliser, je demande au chauffeur de rickshaw de me conduire à la gare routière, ce qu'il fait mine de ne pas comprendre. A la place il me propose de m'accompagner sur les trois principaux sites à voir ici, pour un forfait défiant toute concurrence. Comme je refuse, il m'amène dans un petit café, et m'y fait changer un gros billet pour lui, car il n'a pas de monnaie. Cet idiot a conduit comme un fou dans les petites rues, fonçant droit sur les piétons ou les vélos en klaxonnant, et je ne suis pas fâché d'en être débarrassé, même si je paie deux fois le prix de la course.

Dans le café je tombe sur une jeune française qui est installée là depuis un mois, et fait un peu de service. Elle me donne deux ou trois clés, et m'indique que je peux tout faire à pied ici. Ouf !

Comme vous avez été sympas de lire ce billet jusqu'au bout je vous met la Descente du Gange en entier, en prime. C'est une photo difficile à faire tant on est vite sollicité par un sculpteur amateur ou un guide improvisé.


 

Parachutage en banlieue de Mamalipuram

Après une heure et demi de sommeil, et un petit déjeuner pris en commun avec les membres du groupe, je suis parti chercher un distributeur de billets (ATM), et accessoirement un magasin où acheter une carte SIM pour la tablette d'Anne. Mais les banques ne ressemblent pas aux nôtres ici, elle n'ont pas de grande devanture luxueuse, elles sont comme les autres commerces, avec donc un petit pas de porte derrière un rideau de fer. Parfois le distributeur de billets est tout seul dans un petit espace, mais ne donne pas directement dans la rue. Bref j'ai beaucoup marché avant de devenir plus attentif, puis de tester infructueusement ma carte dans plusieurs machines, jusqu'à finalement trouver. Et oui les ATM se cachent, ont une nature récalcitrante, et font parfois des bonnes blagues, comme je le constaterai à Tiruvannamalai.

En attendant j'arrive juste à temps pour le départ du groupe, sans avoir résolu les problèmes de téléphone. Le guide local apprenant que je me désolidarise du groupe et que je vais à Mamalipuram, indique que le mini car va y passer, et propose donc de faire cette partie du trajet avec la bande de respirateurs spiritualistes (oui, il y a un thème au voyage d'Anne).




Ca me va bien et je goûte donc les joies de la vie en groupe pendant un peu moins de deux heures. Il y a un Suisse assez sympathique qui préférerait ne pas se retrouver tout seul avec toutes ces femmes (dit-il), et il fait tout ce qu'il peut pour me convaincre de rester, en guise de plaisanterie. On le voit derrière sur la photo faite par Anne. La guide française est tout à droite, et la thérapeute spiritualiste  juste derrière. La lumière vive venant de la fenêtre m'a déjà à moitié effacé et c'est très bien comme cela.



Un peu plus tard, alors que le bus commence à exprimer une pointe de faim, et que je m'apprête à déjeuner avec le groupe, ce qui me permet de passer un peu plus de temps avec Anne, et de repousser le moment du passage en mode sans assistance, le bus s'arrête à un carrefour, et le guide me dit de descendre, c'est là Mamalipuram, enfin à quelques kilomètres.

Un baiser somme toute pudique et rapide, et me voilà expulsé. tout ce que je connais c'est le prix théorique de la course de rickshaw jusqu'au centre-ville (50 roupies).