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mercredi 16 août 2017

Boire une bière sans déprimer dans un bar indien

Sur les conseils de mon hôte je vais profiter des derniers rayons du soleil sur la plage d’Allapujah, où se côtoient certains des meilleurs restaurants de la ville, ainsi qu’un bar mentionné dans mon guide. Le front de mer n’a rien d’une riviera : une voie rapide en viaduc est en construction sur le front de mer, et a déjà saboté l’agrément qu’il pouvait avoir. La plage demeure toute fois agréable.


La décoration intérieure du bar indien n’est pas très joyeuse, mais apparemment les clients, tous des hommes plutôt jeunes, ne viennent pas pour ça, si j’en juge par le nombre de bouteilles de bière de 66 centilitres qui traînent sur les tables. Je suis le seul visage pâle parmi eux. On me fait signe d’aller commander au comptoir, et cette trace des habitudes britanniques me rappelle un pub londonien à l’ambiance particulièrement soignée et originale.

Son souvenir n’est pas particulièrement à l’avantage du lieu. Il est vrai qu’entre des murs en pierres grossières vernies en marron, des poutre et tuiles apparentes également sombres, un mobilier foncé et un sol lie-de-vin, le bar indien ne déclenche pas l’excitation. D’autant qu’il est à peine éclairé par des ampoules basses consommation pendouillant de la charpente.

La seule touche de couleur du lieu est le fruit d’un panneau publicitaire célébrant le sponsoring du championnat de cricket par la marque de bière Kingfisher, avec son bel oiseau piscicole bleu et jaune, au long bec pointu. Je m’en reprendrais presque une autre du coup.

Trajet en ferry entre Kollam et Allapujah

Le ferry met huit heures pour couvrir les 80 kilomètres, entre les deux villes, mais c’est un plaisir, contrairement au bus.


Au début, nous allons d’étang en étang. Certains sont vraiment grands et se prêteraient bien à une navigation à voile. Mais je n’en verrai aucune à l’horizon : les moteurs hors bord ont tout supplanté. C’est dommage car il y aurait vraiment de quoi faire des croisières extraordinaires, ou au moins des raids sympathiques en voile légère.

Nous croisons beaucoup de bateaux de pêche, dont les équipages nous saluent.


Sur les rivages, je vois plusieurs grandes églises, dont la plus grande en construction. Il y a souvent une statue du Christ campée en avant-poste sur le rivage, parfois accompagné du saint qui donne son nom au lieu.


Quelques personnes privées ont aussi laissé libre cours à leur fantaisie, générant ici une dérivation charnue de notre statue de la liberté, pompeusement intitulée Goddess of Light.


Partout de grands carrelets sont implantés. Je vois aussi des pêcheurs en barque jeter dans l’eau de grands filets circulaires en déroulant amplement leurs bras : ceux-ci tombent entièrement déployés dans l’eau.


Ce paysage très ouvert se referme quand les étangs laissent la place aux canaux orientés nord sud. En période de mousson, qui occasionne des vents d’ouest soutenus faisant déferler les vagues sur les rivages, les back waters et les canaux offrent des mouillages sûrs et des voies de navigation tranquilles aux nombreux pêcheurs. Nous nous arrêtons une petite heure dans un restaurant très simple sur pilotis, pour prendre un déjeuner à base de poisson grillé.

Dans certains canaux secondaires, les plantes aquatiques ont colonisé l’espace, ce qui me fait beaucoup penser au delta du Danube, dans lequel j’avais passé une semaine à la recherche des zones de reproduction des pélicans, en barque maniée à la rame, quand j’étais coopérant en Roumanie. Je retrouve même des îles flottantes. Toutefois dans le Danube il y avait même des roseaux qui poussaient directement dans l’eau, et nous pouvions marcher sur ces îles.

Sur le bord des canaux, nous observons le travail des villageois, qui travaillent dans les rizières et les plantations, ou entretiennent les berges, et, pour les femmes, lavent le linge en le battant contre des pierres plates. Les backwaters ne sont pourtant pas un monde préservé de la modernité, en témoignent les ordures qui flottent à la surface des canaux, ou les sacs plastiques roses ou bleus perçant des remblais récents.

A l’approche d’Allapujah, les bateaux de pêche cèdent progressivement la place aux house boats.


Souvent ils ne sont occupés que par quelques personnes qui y passeront la nuit ou seulement quelques heures. Ils se multiplient au point d’occuper tout l’espace des canaux, pourtant larges, et de forcer notre ferry à actionner sa trompe pour les faire s’écarter. Nous remontons en effet leur flux.

Nous rejoignons finalement notre quai d’arrivée et je trouve sans trop de difficultés la pension tenue par une famille chrétienne dans laquelle j’ai réservé une chambre.


mardi 15 août 2017

Promenade dans les petits canaux des backwaters de l’île Monroe

Avec deux jeunes Français, je pars avec un tuk tuk rejoindre l’île Monroe d’où part l’excursion en barque organisée par l’office de tourisme local. J’ai là un jeune cadre d’une compagnie de distribution cinématographique, et son compagnon comptable. Le sélectionneur de films me dit redouter la rentrée en France car c’est la saison des marchés du cinéma, et il va devoir s’avaler des centaines de morceaux de films à Toronto et ailleurs pour retenir ceux qui seront proposés aux chaînes de télévision et aux réseaux de salles, et c’est pour lui une période d’indigestion cinématographique, d’autant qu’il ne doit pas suivre ses goûts, mais ceux des clients.

Pour l’instant nous glissons sur les canaux étroits propulsés par les mouvements lents de la perche. Nous voyons un serpent vert de plus d’un mtre nager en ondulant à la surface de l’eau, la tête bien dressée au-dessus de l’eau, beaucoup d’aigles bruns à tête banche, des kingfishers (l’équivalent de nos martins pêcheurs), quantités de canards, aigrettes, grues et cormorans.
Les canaux séparent des zones où sont cultivés des palmiers coco et des bananiers. Il y a aussi beaucoup de marais servant à l’élevage des crevettes, recouverts de filets pour empêcher les prélèvements des gourmands à plumes, et quelques marais salants. En pratique, c’est une bande de terre de plusieurs centaines de kilomètres de long où les lagunes sont reliées entre elles par des canaux creusés à la main par des générations humaines.


Nous nous arrêtons pour observer les divers processus qui permettent de transformer la noix de coco. Ce fruit est intégralement utilisable : l’eau de la noix est buvable, la chair blanche une fois séchée au soleil peut être pressée pour en extraire de l’huile, et l’écorce fibreuse peut être filée afin de réaliser des cordes. Nous en avons une démonstration avec une technique très similaire à celle présentée à la corderie royale de Rochefort.


Dans les parties de terre ferme, il y a aussi de nombreuses villas, dont certaines très coquettes et spacieuses. C’est une différence visible entre le Kerala et le Tamil Nadu, outre le caractère plus rural : l’agitation y est moins frénétique et l’environnement plus agréable.

En route vers les plantations des Ghats

Mon projet principal d’ici Cochin et l’envol vers le Sri Lanka est d’aller faire un trek dans les montagnes situées à l’est du Kerala. C’est une zone située entre 1000 et 2000 mètres d’altitude où s’étagent des plantations d’épices, qui approvisionnent depuis longtemps l’Occident en variétés en tout genre (cardamone, poivre, gingembre, noix de muscade, citronnelle, piments...) et de thé.

Mais avant il faut que je sacrifie à la principale attraction du Kerala, à savoir le réseau très important de lagunes (les backwaters) alimentées par les eaux des montagnes et la mer d’Arabie. J’ai prévu cependant d’éviter la promenade en house-boat (une grosse barque recouverte d’une habitation en bois et toit de feuillage), car ça sent un peu trop l’exotisme frelaté.

J’irai d’abord à Kollam pour faire une excursion dans une barque maniée à la perche, puis prendrai le ferry public pour Allapujah, d’où des bus partent pour les montagnes.