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mercredi 9 août 2017

Les bronzes du palais royal de Thanjavur

Thanjavur n'a pas seulement un temple Chola remarquable, mais aussi un palais royal, en tant qu'ancienne capitale régionale. Toutefois le palais n'est pas d'époque Chola, mais postérieur. Ce sont les dynasties nayak (à partir de 1535) et marathes (1676-1855) qui l'édifièrent. Il est aujourd'hui assez peu restauré. Même les collections remarquables de son musée, principalement d'époque Chola, n'ont pas la mise en valeur qu'elles méritent. Voir des bronzes magnifiques, mal éclairés, derrière des vitrines poussiéreuses voire sales, sans aucune explication, est un peu du gâchis : l'Inde a encore un potentiel extraordinaire à exploiter.

Néanmoins les sculptures ont une grâce suffisante pour faire oublier ces imperfections.

C'est particulièrement évident pour ces statues de Boga Sakthi (XIIème-XIIIème) et de Bhikshatana (environ 1040). Boga Sakthi est un avatar de Parvati, l'épouse de Shiva. Elle personnifie la mère universelle et était très vénérée à l'époque chola. Bhikshatana est un avatar de Shiva en mendiant. Il s'est montré en deux contextes : expiant la décapitation de Brahma le Créateur (il commençait à la ramener un peu trop ; heureusement il lui restait encore quatre têtes après) ; séduisant les femmes de sages eux-mêmes en train de discourir pompeusement, afin de les amener sur la voie de la vraie connaissance (Shiva est aussi reconnu comme le yogi suprême).


J'ai montré ici une sculpture de Shiva en Nataraja (XIIème) sur un billet précédent, également photographiée dans ce musée, qui en abrite une dizaine.

Pour finir, une vue sur la salle d'audience du roi marathe. Son trône était placé sous le dais.



Si vous voulez avoir la vision d'Anne sur le même endroit, c'est par ici.

En fin d'après-midi, le marathon continue avec un départ pour Trichy.

En quittant le temple de Brihadishwara

Un homme maniait le sabre avec dextérité sous quelques regards approbateurs.


Et le Dr Watson alors ? Et bien il fallait chercher en haut au centre de l'image. Voici un agrandissement (pour ceux qui ne verraient toujours rien, il est sous le grand éventail, avec son chapeau melon).


Sanctuaire de Subramanya Murugan à Brihadishwara

A côté du temple de Shiva il y en a un autre, plus petit, consacré à l'un de ses fils, Subramanya, encore appelé Murugan en Inde du Sud. C'est le dieu de la guerre, enfanté pour vaincre les démons qui torturaient les dieux mineurs (Shiva, personne n'ose lui casser les pieds). Pour information Shiva a un autre fils, Ganesha, le dieu à tête d'éléphant. Peut être que je vous raconterai son histoire dramatique, une autre fois. Shiva a beau avoir une épouse, Parvati, le couple n'aurait curieusement conçu aucun de ces enfants ensemble, mais individuellement (Subramanya pour Shiva, Ganesha pour Parvati). En effet, une descendance issue de ces deux dieux très puissants risquait de créer un être qui aurait rompu l'équilibre du monde, d'après ce que j'ai pu lire dans les Upanishad. Je ne sais si Shiva et Parvati l'ont décidé par eux-mêmes ou si quelque principe supérieur ou manigance les a détournés de la procréation, mon sanskrit n'est pas assez bon.

Le temple de Subramanya est extrêmement orné. Regardez la vivacité et la précision de cette scène où un éléphant de guerre tient un soldat ennemi par un pied. Et aussi ce personnage à pattes de lion à l'entrée du temple : la façon dont il se libère de la verticalité de sa fonction.



Subramanya Murugan étant censé terroriser ses ennemis, il est souvent représenté avec plein de têtes et de bras. Sa monture est le paon. Sur le côté du temple, j'en ai trouvé une petite représentation qui fait visiblement l'objet de vénération la part des visiteurs. Les cultes sont très vivants en Inde, et personne ne reprochera à un fidèle de faire une offrande à un bas-relief, voire de l'oindre. La préservation du patrimoine cède à la ferveur des croyants.

Mais où est le Dr Watson du vimana de Brihadishwara ?

C'est encore un temple Chola, et sans doute le plus grand, construit par le roi Rajaraja Ier à partir de 1003, en seulement 7 ans. On imagine ce qu'on dû endurer les ouvriers qui ont assuré sa construction. Comme j'ai un peu peur que vous ayez une indigestion de vieilles pierres, je vous ai concocté un petit jeu, vous allez voir.

Le temple de Brihadishwara ressemble à celui d’Airavatesvara, mais en beaucoup plus grand. Le vimana (tour) mesure 61 mètres de haut. Voutée en encorbellement, sa chambre intérieure mesure une cinquantaine de mètres et abrite un linguam (symbole de Shiva) de 4 mètres de haut. Malheureusement seules les prêtres peuvent accéder à cette salle, devant laquelle on ne fait que passer.

Pour construire ce vimana, les archéologues pensent qu'une rampe a été utilisée, voir que l'édifice était entièrement ceinturé de terre, au fur et à mesure qu'on l'élevait. Il fallait bien faire les sculptures... et amener la grande pierre faîtière monolithique, qui pèserait 60 tonnes à elle seule. Les Tamouls avaient des éléphants mais quand même.

J'ai un peu hésité à vous décrire tout ce qui est représenté sur le temple et les gopuram (portes d'enceinte), mais j'ai eu un coup de fatigue et j'ai renoncé. Sur place j'étais déjà atteint d'un certain découragement devant la profusion des formes, le regard ne sait par où commencer. A la place je vous mets cette vue unique sur le vidala, côté nord, où un Tamoul m'a montré qu'il y avait aussi un anglais représenté. Comme quoi le travail de la statuaire ne s'est pas arrêté au XIème siècle.

Alors, saurez-vous retrouver le bon Dr Watson ? (solution dans le prochain numéro)



Si vous voulez avoir la vision d'Anne sur le même endroit, c'est par ici.

mardi 8 août 2017

Un temple éblouissant : Airavatesvara

Ce temple n'est pas un choc spirituel mais esthétique, même s'il est toujours utilisé pour le culte de Shiva. Le roi Rajaraja II, appartenant à la dynastie Chola, le fit élever en 3 ans, à partir de 1160, ce qui donne une idée de sa puissance et du degré d'organisation de son royaume.

Le temple tire son nom de l'éléphant blanc du dieu Indra, Airavata, qui avait été maudit par un mage et avait perdu sa belle couleur. Venu voir Shiva, celui-ci l'aurait fait prendre un bain dans son bassin sacré, avec pour effet de dissiper le sort.

Le temple est aujourd'hui situé ans la banlieue de Kumbakonam, dans un jardin à la pelouse parfaitement entretenu par des chèvres et des femmes qui en arrachent régulièrement les mauvaises herbes. Le jardin est en lui-même un sanctuaire dans la ville indienne, d'ailleurs très apprécié des Indiens. Voici une vue sur l'entrée du temple, avec devant celle-ci une statue du taureau Nandi, monture de Shiva. Nandi est ici muni d'une cape en tissu.


Passée l'enceinte, on découvre la salle hypostyle, ses bas reliefs, ses escaliers et colonnes sculptées. Oui, ça fait un peu mal !


Deux vues de détail :




Je vous épargne toutes les autres sculptures qui ornent le temple, pour finir avec une vue sur Parvati au fond d'une alcôve, dans la salle hypostyle, que j'ai prise surtout pour les atours des statues.


lundi 7 août 2017

Chidambaram, l'expérience religieuse la plus intense du voyage

Problème : il s'agit de me débarrasser de mon gros sac à dos pour visiter le temple. Malheureusement il n'y a pas de consigne dans cette petite gare routière, et les deux hôtels et le restaurent à qui j'essaie de le confier y compris moyennant finances n'en veulent pas. Je me demande si je ne vais pas être obligé de repartir tout de suite. Arpentant la rue informe qui mène au temple, j'avise une résidence un peu moins guindée, et je soudoie le réceptionniste pour qu'il garde mon linge pendant deux heures.

Approchant du temple, j'enlève mes sandales et commence à les mettre dans un sachet en plastique quand un jeune Tamoul m'aborde et m'indique où les déposer. Je lui indique mon sac, et il me dit que ce n'est pas possible, c'est sacré, je ne peux pas rentrer avec mes chaussures. Il est jeune, a l'air intelligent, et ne parle pas trop mal anglais. Je me dis que je vais l'avoir comme guide mais que je pourrais tomber plus mal.

Le temple dédié à Shiva sous sa forme Nataraja (danseur) est particulièrement sacré en Inde. Il a été construit par la dynastie Chola entre 1130 et 1250, pour qui Shiva Nataraja était la divinité tutélaire. Moins spectaculaire par ses sculptures que d'autres sanctuaires cholas que je découvrirai ultérieurement, il m'a particulièrement impressionné par la ferveur que j'y ai ressentie. Pour une fois tout était intégralement accessible, ceci étant peut être dû à l'absence totale de touristes. Il s'agit pourtant d'un temple de dimensions très imposantes, objet de cultes extrêmement actifs et de pèlerinages.

Shiva sous sa forme Nataraja est le danseur cosmique bien connu (ici un bronze chola du XIIème, visible dans le musée de Tanjavur) : la jambe gauche levée, il tient dans ses deux bras supérieurs un tambour (le son primordial de la création de l'univers), une flamme (la destruction du monde), et fait avec deux autres mains un geste de protection et la désignation de sa jambe levée (espoir de liération). Il piétine un nain symbole de l'ignorance et est entouré d'un cercle de flammes symbolisant la succession des cycles cosmiques.

Shiva est un danseur tellement exceptionnel que lors d'un concours avec son épouse Kali, arbitré par Vishnu, il aurait ramassé une boucle d'oreille tout juste tombée avec son pied et l'aurait remise en place, mouvement qui lui assura la victoire.

Les quatre gopurams (portes d'entrée monumentales surmontées d'une haute pyramide) placés aux points cardinaux ont un soubassement en granit et sous couverts de sculptures en stuc entièrement peintes. De nombreuses statues de guerriers visent à écarter les démons. Mon guide me montre l'effigie d'un des rois cholas constructeurs à l'intérieur du gopuram est. Il est bien nourri. A côté une vue du gopuram sud, depuis l'intérieur de l'enceinte du temple.



L'intérieur du sanctuaire est constitué de galeries très larges, sculptées, sombres, conçues pour permettre la circumambulation des fidèles et des processions. Car il se passe toujours quelque chose dans ce temple : ici on oint une statue de Durga avec un liquide ocre, ailleurs on passe des flammes autour d'une statue de Siva. Fleuries, habillées, souvent noircies par les libations, enfoncées dans des niches auxquelles seuls les prêtres accèdent, sous le regard des fidèles alignés contre des barrières sur une vingtaine de mètres devant la niche, afin que tous puissent voir, les dieux sont difficilement reconnaissables. Un hindou me laisse sa place pour que je puisse mieux voir, et me guide jusqu'au rituel qui prend instantanément la relève. L'ambiance est fervente, beaucoup d'hindous prient ou se prosternent, mais détendue, d'autres se reposant contre des colonnes, mangeant, parlant ou dormant. Beaucoup de prêtres ont d'ailleurs les mêmes comportements quand ils n'officient pas.

Puis, à 19h, c'est la procession de la statue de Parvati allant rejoindre son époux Shiva pour la nuit. Elle est portée, sous un dais, sur un pavois par quatre prêtres torse nu, coiffés d'un chignon placé sur le côté du crâne. Ils sont précédés par des joueurs de tambours et de petites cymbales. Certains prêtres portent un smartphone coincé à la taille dans leur dhoti. Une fois les deux divinités réunies, les prêtres referment pudiquement la porte de la cellule.

Je ne suis pas sûr d'avoir tout correctement interprété car mon guide ne m'a pas accompagné : il est resté à l'extérieur du sanctuaire. Je pense qu'il ne souhaite pas se faire remarquer par les prêtres qui normalement sont censés assurer ce service de guide (bien qu'aucun ne m'ait proposé quoi que ce soit, et pourtant j'étais facilement repérable). Mais je ne lui en veut pas car il est étudiant et parle même quelques mots de français.

Je ressors du temple bien content d'avoir vu autant de choses aussi intenses. Je n'aurai pas d'expérience plus forte pendant ce voyage.

Je récupère mon sac et file prendre un bus pour Kumbakonam, ma prochaine destination, où j'arriverai éreinté mais sur un nuage, très tard, dans un hôtel un peu défraichi, mais qui me servira dans ma chambre un repas chaud très correct.

dimanche 6 août 2017

Anne visite le temple de Brihadishwara à Thanjavur

Ce matin donc (après une tres longue route et un petit déj pris sur le bord de la route !), découverte à Tanjore de l'immense temple de Brihadishwara, édifié il y a 1000 ans ! C'est absolument magnifique - Le chef d'oeuvre de l'architecture des Cholas dit-on - sous un soleil de plomb (au moins, avec le ciel gris, avions-nous moins chaud 😎). En fait, le temple n'abritait pas seulement un sanctuaire, mais aussi tout un tas de dépendances, ateliers, cuisines, magasins...d'où cette impression de cité dans la ville !

Voici deux photos supplémentaires envoyées par Anne, dont une montrant une petite portion des fresques peintes dans la galerie qui entoure le temple.



Si vous voulez avoir la vision de Christian sur le même endroit, c'est par ici.