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samedi 19 août 2017

Trajet vers Cochin et la récupération d'Anne

Le retour vers Cochin est tout aussi sportif que l'aller, même si le bus est cette fois public. Il a beau être rapide, j'ai quand même le temps de saisir cette vue d'un panneau publicitaire dans une petite ville indienne.

Il n'a rien d'isolé : les entreprises liées à la construction n'hésitent pas à faire la promotion de leurs produits techniques dans la rue (ici des barres en acier). Cela dénote sans doute une phase d'intense développement immobilier.

Au sortir de la gare routière de Cochin, cela se matérialise notamment par ce type de juxtaposition architecturale.


jeudi 17 août 2017

Trajet vers Munnar et les plantations de thé

Comme je suis un peu en retard pour attraper mon bus et qu’il n’y en a qu’un par jour depuis Allapujah, mon hôte a la gentillesse de m’emmener à la gare routière sur sa Royal Enfield. C’est nettement plus agréable que la vespa, et surtout le bruit du moteur est extraordinaire, assez comparable à celui d’une Harley.

Il s’avère que pour la première fois je vais voyager dans un bus privé, avec des sièges confortables et même une climatisation. Le chauffeur est néanmoins aussi fou que les autres, et comme il dispose d’une machine efficace, double à peu près tout le temps sur la route en lacets extrêmement encombrée.

Après cinq heures de suspens embarbouillé, je me fais déposer à un petit carrefour d’où un tuk tuk m’amène à l’hôtel. Il est encore tôt, mais l’arrivée d’une pluie assez dense à l’heure d’une première excursion prévue dans les plantations de thé fera annuler celle-ci par le guide. Je ne fais donc pas grand chose jusqu’à l’heure du repas, à part avancer dans ma lecture des mémoires toujours très vivantes et intéressantes de Keith Richards, et sur le blog. Je dîne tôt, demain je me lève à 5h30 pour rejoindre un guide à Munnar, en espérant qu'il ne pleuve pas.

mercredi 16 août 2017

Trajet en ferry entre Kollam et Allapujah

Le ferry met huit heures pour couvrir les 80 kilomètres, entre les deux villes, mais c’est un plaisir, contrairement au bus.


Au début, nous allons d’étang en étang. Certains sont vraiment grands et se prêteraient bien à une navigation à voile. Mais je n’en verrai aucune à l’horizon : les moteurs hors bord ont tout supplanté. C’est dommage car il y aurait vraiment de quoi faire des croisières extraordinaires, ou au moins des raids sympathiques en voile légère.

Nous croisons beaucoup de bateaux de pêche, dont les équipages nous saluent.


Sur les rivages, je vois plusieurs grandes églises, dont la plus grande en construction. Il y a souvent une statue du Christ campée en avant-poste sur le rivage, parfois accompagné du saint qui donne son nom au lieu.


Quelques personnes privées ont aussi laissé libre cours à leur fantaisie, générant ici une dérivation charnue de notre statue de la liberté, pompeusement intitulée Goddess of Light.


Partout de grands carrelets sont implantés. Je vois aussi des pêcheurs en barque jeter dans l’eau de grands filets circulaires en déroulant amplement leurs bras : ceux-ci tombent entièrement déployés dans l’eau.


Ce paysage très ouvert se referme quand les étangs laissent la place aux canaux orientés nord sud. En période de mousson, qui occasionne des vents d’ouest soutenus faisant déferler les vagues sur les rivages, les back waters et les canaux offrent des mouillages sûrs et des voies de navigation tranquilles aux nombreux pêcheurs. Nous nous arrêtons une petite heure dans un restaurant très simple sur pilotis, pour prendre un déjeuner à base de poisson grillé.

Dans certains canaux secondaires, les plantes aquatiques ont colonisé l’espace, ce qui me fait beaucoup penser au delta du Danube, dans lequel j’avais passé une semaine à la recherche des zones de reproduction des pélicans, en barque maniée à la rame, quand j’étais coopérant en Roumanie. Je retrouve même des îles flottantes. Toutefois dans le Danube il y avait même des roseaux qui poussaient directement dans l’eau, et nous pouvions marcher sur ces îles.

Sur le bord des canaux, nous observons le travail des villageois, qui travaillent dans les rizières et les plantations, ou entretiennent les berges, et, pour les femmes, lavent le linge en le battant contre des pierres plates. Les backwaters ne sont pourtant pas un monde préservé de la modernité, en témoignent les ordures qui flottent à la surface des canaux, ou les sacs plastiques roses ou bleus perçant des remblais récents.

A l’approche d’Allapujah, les bateaux de pêche cèdent progressivement la place aux house boats.


Souvent ils ne sont occupés que par quelques personnes qui y passeront la nuit ou seulement quelques heures. Ils se multiplient au point d’occuper tout l’espace des canaux, pourtant larges, et de forcer notre ferry à actionner sa trompe pour les faire s’écarter. Nous remontons en effet leur flux.

Nous rejoignons finalement notre quai d’arrivée et je trouve sans trop de difficultés la pension tenue par une famille chrétienne dans laquelle j’ai réservé une chambre.


mardi 15 août 2017

En route vers les plantations des Ghats

Mon projet principal d’ici Cochin et l’envol vers le Sri Lanka est d’aller faire un trek dans les montagnes situées à l’est du Kerala. C’est une zone située entre 1000 et 2000 mètres d’altitude où s’étagent des plantations d’épices, qui approvisionnent depuis longtemps l’Occident en variétés en tout genre (cardamone, poivre, gingembre, noix de muscade, citronnelle, piments...) et de thé.

Mais avant il faut que je sacrifie à la principale attraction du Kerala, à savoir le réseau très important de lagunes (les backwaters) alimentées par les eaux des montagnes et la mer d’Arabie. J’ai prévu cependant d’éviter la promenade en house-boat (une grosse barque recouverte d’une habitation en bois et toit de feuillage), car ça sent un peu trop l’exotisme frelaté.

J’irai d’abord à Kollam pour faire une excursion dans une barque maniée à la perche, puis prendrai le ferry public pour Allapujah, d’où des bus partent pour les montagnes.

samedi 12 août 2017

Un voyage en train entre confort et malaise

Après deux heures de sommeil, je quitte l'hôtel à 3h30 pour aller attraper mon train pour le Kerala. Il y a deux enjeux : monter dans le bon train (pas si évident car le mien a une heure de retard, et d’autres passent avant), et être bien positionné sur le quai (les trains indiens sont très longs).

Après quelques tâtonnements, demandes de confirmation et observations, j'ai l'impression de ne pas être trop mal. Si j'interprète bien les codes lumineux affichés sur le quai, c'est même plutôt bien indiqué dans cette grande gare, où certains dorment par terre en attendant leur train.


Finalement le mien arrive et je trouve rapidement ma couchette. Elle est installée en hauteur, le long du couloir, et isolée par un rideau. Je suis en seconde climatisée, c'est pas mal, il y a même des draps. Mais je n'arrive pas à me rendormir,

Deux heures plus tard, les gamins qui sont montés à Chennai avec leur famille se réveillent et commencent à explorer méthodiquement les possibilités ludiques des environs. Je mange les petits gâteaux que je me suis achetés, et prends un thé à un marchand ambulant.

Malheureusement je ne vois pas l'extérieur, seule la couchette inférieure a une fenêtre. Mon voisin de dessous partant bientôt, je peux la récupérer et profiter de la vue. Ce n’est pas désagréable de voyager couché.



Le train descend très au sud, presque jusqu'au cap Cormorin, pour éviter les montagnes des ghats, avant de remonter vers Trivandrum, mon terminus. Là je prends un train local vers Verkala, à vingt kilomètres, et je prends une troisième classe.

Les Tamouls courent sur le quai pour s'entasser dans les voitures de queue, et je me retrouve inconfortablement coincé debout à l'intérieur d'un compartiment, surplombant des femmes assises. Il fait très chaud et humide, je me sens rapidement assez mal. Mes intestins se rappellent à mon souvenir, et je me demande si je ne suis pas malade. J'ai beau m’accrocher au panier à bagages, ma tête tourne. J'espère que je ne vais pas tomber dans les pommes, car je crois que mon corps en profiterait pour se vider. Ce serait assez pénible dans un wagon aussi bourré à craquer.

Heureusement au bout de dix minutes ça se calme, et je peux descendre à Verkala sans incident. Un coup de tuk tuk, et me voici dans ma jolie villa, son arbre du voyageur, ses frangipaniers, sa mare à canards, et surtout ses toilettes.

jeudi 10 août 2017

Mais pourquoi tu ne voyages pas avec les respirateurs ?

Encore quatre heures de bus public, avec une arrivée tout suant avec mon sac à dos à Madurai, grande ville hébergeant un temple particulièrement sacré de Shiva. Cette fois-ci je vais passer deux nuits dans le même hôtel, ce sera la première fois depuis le début du voyage. Toutefois la deuxième nuit sera courte car mon train pour le Kerala partira à 4h du matin...

Mais pourquoi je ne suis pas parti avec les respirateurs me direz-vous ? C'est vrai ça : tout est organisé, le mini-bus est climatisé, les hébergements luxueux et à l'écart des grandes villes, il y a même des rencontres prévues dans des ashrams ou d'autres communautés. Il y a aussi six jours de soin intensifs dans le Kerala, dans un village tenu par un couple de Français, avec massages, médecine ayurvédique, respiration holotropique etc.

Ben alors Christian, t'es pas un peu con des fois ?

Ca faisait un peu beaucoup pour moi le mélange voyage organisé avec un groupe de Français + médecines et thérapies alternatives + expériences para-spirituelles, j'avais des réserves vu ma nature foncièrement misanthrope, asociale et rationnelle.

J'ai quand même rencontré la thérapeute, pour voir (et aussi par ce qu'Anne avait fait l'effort de partir deux semaines en navigation avec moi et des gens qu'elle ne connaissait pas, en mai). Le courant n'est pas passé. Je lui ai exprimé mes réserves, mon souhait de ne pas participer à toutes les activités (notamment les séances de respiration par exemple), et globalement j'ai eu deux réponses :
  • le souci que mon retrait ne casse la dynamique du groupe, dont la taille était réduite de façon à la favoriser
  • au cas où je ne participerai pas à certaines activités thérapeutiques, ce serait de toute façon le même prix.
Bref je me suis pas senti très bien accueilli dans ma différence, et j'ai pensé qu'il valait mieux que je voyage à ma manière.

Et effectivement Anne et moi n'avons pas voyagé de la même façon : son voyage l'a bien plus préservée et reposée. Quelques réalités pas toujours faciles à vivre ont été escamotées par la logistique déployée. Mais elle a aussi eu plus de rencontres que moi. Tout cela pour un budget évidemment très différent.

Mais de toute façon ce que je vis me correspond mieux. Au restaurant, j'ai Life, mon autobiographie de Keith Richards, le guitariste des Rolling Stones, qui est un bouquin vivant et passionnant, je le conseille (ci-dessous en 1971 jouant une 5 cordes en open tuning). Du coup je n'ai pas l'impression d'être trop zarbi, bien que des voyageurs solitaires comme moi, je n'en aie pas vus. A vrai dire ça m'est égal, je l'ai déjà fait, je survis assez bien sans personne à qui parler.

mardi 8 août 2017

Accident sur le trajet vers Thanjavur

Je regrette de ne pas m’être mieux organisé pour visiter aussi l’autre site Chola de la région, Gangaikondacholapuram, à 25 kilomètres. Cela supposait d’y aller en voiture. Mais je me suis réveillé trop tard, et en début d’après-midi, j’ai préféré aller dans un des seuls cafés de Kumbakonam ayant le WiFi pour alimenter ce blog. De plus, ayant rencontré la veille au soir un jeune Tamoul professeur de français, qui partait lui aussi pour Thanjavur en fin d’après-midi, nous avions prévu de voyager ensemble, et il fallait nous coordonner.

N’imaginez pas le café indien comme un petit endroit sympa où l’on peut siroter tranquillement une bière fraiche. En l’occurrence seule la salle aveugle était ouverte au public, avec des murs sombres qu’une lumière d’hôpital peinait à éclairer. J’étais le seul rat là-dedans. Comme souvent on m’a donné un identifiant et un mot de passe spécifiques : cela permet de tracer toutes les communications des utilisateurs, et généralement c’est associé avec un débit voire une connexion défaillants.

Là ça ne rate pas, je n’arrive pas à connecter mon PC. Je me plains, et l’hôtesse arrive afin de me dire que c’est réglé et vérifier que j’arrive à me connecter. Quand c’est fait elle en profite pour repartir avec les codes, et refuse de me les redonner, alors que j’en avais besoin pour connecter mon iPhone pour communiquer par WhatsApp. Qu’est-ce qu’elle croit, que je vais les revendre dans la rue avant d’attraper mon bus ? Pas de chance pour elle, je les ai mémorisés. Mais de toute façon au bout d’une demi-heure, la connexion tombe, et plutôt que d’affronter le cerbère, je continue à écrire sur mon traitement de texte, tout en commandant régulièrement des cafés crème.

Pas de nouvelles de Prem le Tamoul. Je décide d’aller vers la gare routière, car je n’en peux plus de mon coffre-fort. Là-bas la situation ne s’améliore pas puisque je perds l’accès au réseau téléphonique sans pouvoir le rétablir malgré un reboot du téléphone. Je monte donc dans le premier bus en partance : après tout on pourra peut être dîner ensemble avec Prem.

Le trajet pour Thanjavur n’est pas le plus long que j’ai fait, mais c’est celui où la capacité du klaxon à téléporter les obstacles a été pris à défaut. Heureusement nous étions encore dans les faubourgs de Kumbakonam, et n’allions pas très vite, mais le bus est franchement rentré dans le coin arrière gauche d’un gros 4x4 blanc, défonçant sa lunette arrière, sans blesser personne.

Il y a eu un moment de flottement dans le bus. Certains commençaient à le quitter, d’autres hésitaient. Combien ça peut durer un constat en Inde ? Quand on voit les procédures appliquées en d’autres occasions, ça inquiète un peu. Une jeune indienne se perche derrière le siège du conducteur et je tire discrètement son portrait.

Un Tamoul me dit qu’il faut compter une heure mais finalement cela va plus vite que ça, et nous repartons, sans autre incident notable.

En me reconnectant je reçois un message de Prem qui m’indique avoir égaré son portefeuille et ne pas pouvoir aller à Thanjavur tout de suite. Il précise qu’il a l’intention d’aller comme moi à Trichy ensuite, et propose que nous fassions le voyage ensemble, mais je n’aurai plus de nouvelles de lui.

Je traverse le Tamil Nadu tel une comète, chaque nuit une nouvelle ville, cela ne facilite pas les rencontres. Dommage !

lundi 7 août 2017

Trajet sonorisé vers Chidambaram

Pondichéry m'a un peu permis de recharger mes batteries et je vais en avoir besoin pour affronter ce qui m'attend, à savoir un trajet plutôt long vers Chankipuram, avec une halte à Chidambaram, ville assez quelconque dans laquelle a cependant été construit un temple consacré à Shiva, sous sa forme dansante.

En quittant Pondichéry, j'observe énormément de grands panneaux publicitaires, dont je me demanderai un certain temps s'ils sont à vocation politique ou spirituelle. En pratique pour l'essentiel ils glorifient des gourous et des ashrams. Généralement il y a la photo du gourou originel en grand, accompagné de ses successeurs, et de toute une série de médaillons présentant une vingtaine de membres actifs (je suppose).

Un homme portant des lunettes noires et couvert d'une chapka blanche bénéficie d'une forte couverture médiatique : il a même des statues dorées à son effigie dans certains villages. Il y en a un autre mis en scène à moto. Malheureusement je ne parviens pas à prendre une photo, cela va trop vite, sauf à ce feu rouge.

Mon bus est cette fois-ci équipé d’un écran de télévision sur lequel vont être diffusés plusieurs DVD de clips de musique indienne, assez fort. Il y a presque systématiquement deux chanteurs : un homme et une femme, celle-ci ayant la voix haut perchée. Les deux se répondent autour d’une rencontre amoureuse évidemment. Cela ne va pas tout seul, la femme peut être espiègle et résister, mais il y a souvent un moment où l’homme lui arrache un vêtement voire la presse un peu vivement, sans qu’elle s’y oppose. Voilà qui ne rassure pas sur la place de la femme dans la société indienne, toujours pas très enviable malgré certains progrès.

Tout est chorégraphié de façon élaborée, souvent avec de nombreux danseurs, ce qui fait ressembler le clip à un extrait de comédie musicale. L’un deux avait été tourné dans une ambiance médiévale, et la reconstitution historique faisait ressentir une débauche de moyens financiers.

Peut-être le chauffeur était-il survolté par la musique, mais j’ai eu l’impression qu’il prenait plus de risques que les autres. Situé derrière lui, je me suis vraiment demandé comment nous allions passer parfois, j’imaginais déjà les morceaux d’une famille indienne voyageant à motocyclette (la femme en amazone dans son sari, avec un bébé serré contre elle, l’homme avec un enfant plus grand devant lui) projetés en désordre contre le pare-brise, mais cela n’est pas arrivé. Je ne me suis pas toujours senti très bien.

Le chauffeur utilisait un klaxon à deux tons pour informer les obstacles sur la route : deux coups brefs pour indiquer qu’il doublait ou prévenir, un grand coup de trompe modulé pour faire dégager quand cela ne passait pas.



En fait il y a trois principes de conduite à connaître :

  • freiner est un drame car on ne récupère la vitesse de croisière que lentement : on n’utilisera ce recours qu’en dernière extrémité
  • le véhicule ayant l’énergie cinétique la plus élevée a la priorité, quelle que soit sa situation par rapport au code de la route
  • klaxonner permet de téléporter la plupart des obstacles

Tout ceci n’empêche pas les chiens de dormir au milieu de la route, ou les vaches de brouter les quelques herbes poussant sur une séparation de chaussée : peu réceptifs au klaxon, les animaux sont les seuls à pouvoir faire freiner les conducteurs, qui évitent de les écraser pour préserver leur karma.

dimanche 6 août 2017

Un trajet vers Pondichéry contrarié par des ATM peu coopératifs

Je m’étais normalement prévu un peu de luxe pour ce trajet, que je devais faire avec une voiture avec chauffeur. L’idée était de s’arrêter aux forts de Gingee et d’en visiter au moins un. Un peu d’architecture militaire pour changer ! Il y a trois forts perchés sur des promontoires, reliés par des murailles. Le lieu est très prisé des Indiens car de nombreux films populaires ont été tournés là. Le chauffeur permettait de ne pas perdre trop de temps, le site fermant très tôt, et de mettre les bagages en lieu sûr pendant l’excursion.

Mais les ATM de Chankipuram en ont décidé autrement. Mes dernières réserves de cash ayant été avalées par un hôtelier incompétent en matière de terminal de paiement, j’avais besoin de me refaire un matelas, j’étais trop juste. Malgré 5 ou 6 tentatives je n’ai pas réussi. Il y a même eu un ATM pour me faire un coup pendable. Ce farceur m’a informé que j’avais fait une opération invalide et qu'en conséquence ma carte ne me serait pas restituée. Puis il m’a remis un ticket d’incident et m’a conseillé de prendre contact avec mon agence bancaire. Mais d’agence locale, pas de trace, ou alors rideau baissé : entre midi et seize heures beaucoup d’activités sont en pause.

J’ai ressenti une chute de moral, imaginant les démarches que j’allais devoir entreprendre, le tout sans presque plus d’argent. A part aller au Kerala en bus pour rejoindre les respirateurs, je ne voyais pas trop quoi faire. J’avais sans doute assez, à condition de tenir vingt quatre heures dans une série de bus verts, sur des routes en partie montagneuses.

Puis je me suis rappelé que j’avais ma carte de crédit professionnelle, un vrai soulagement. Et en rangeant le ticket d’incident, j’ai vu ma carte de crédit personnelle bien rangée à sa place : logique, puisqu’il faut retirer la carte avant toute opération. Mais ça l’ATM avait réussi à me le faire oublier, avec ses propos culpabilisateurs. Invalide toi-même !

J'avais perdu beaucoup de temps et il ne me restait plus qu’à prendre le bus. Dans la gare routière, je m’attardai pour prendre quelques photos, c’est fou la vie qu’il y a dans ces endroits.



Puis le receveur me donna la place du mort, car j’ai un gros sac pas facile à caser. D’habitude on y met les prêtres, moins pour les honorer que par ce que ce sont les plus proches d’une bonne réincarnation. En cas d’accident c’est déjà moins grave si quelqu’un doit passer par le pare brise.

La gare routière est totalement engorgée de bus, et un grand embouteillage de tôles chauffées à blanc s’y est formé, dont notre chauffeur mettra un temps considérable à s’extraire, dans un concert ininterrompu de klaxons. Le reste du voyage se passe mieux.




samedi 5 août 2017

Trajet vers Tiruvanamalai

Après avoir interrogé quelques employés successifs qui tous m’envoient à des endroits différents de la gare routière, je finis par trouver mon bus. Enfin je n’en suis jamais tout à fait certain, car je doute de bien prononcer le lieu de destination, et j’obtiens parfois des réponses contradictoires. Je me fais confirmer plusieurs fois que je suis dans le bon bus, c’est plus sûr, et un quart d’heure après être parti, je vérifie que nous avançons dans la bonne direction.

En effet les destinations affichées dans les bus sont en caractères tamouls et donc illisibles pour moi. Et quand je pose une question les habitants me répondent souvent par un curieux dodelinement de la tête, assez ambigu quant à son sens.


Le receveur me fait mettre mon sac devant et m’indique une place sur une banquette près de deux hommes. Il y a la place sauf pour mes genoux, j’ai d’énormes difficultés à les caser, ce doit être un emplacement pour enfants, c’est pas possible ! Évidemment cela fait mal, mais à une escale j’ai l’occasion de m’approprier une meilleure place où je peux étendre mes jambes sans difficultés, même si je n’ai plus grand chose pour me protéger de la route que le pare-brise.

A l’arrivée, le chauffeur du tuk-tuk a sincèrement du mal à localiser le lieu de ma résidence, qui vient d’ouvrir. Cela se voit d’ailleurs, le réceptionniste s’exprime difficilement et ne parvient pas à faire fonctionner le lecteur de carte de crédit. J’ai droit à un appartement pour quatre, dans lequel je me perds rapidement car une porte de communication est demeurée ouverte avec l’appartement adjacent, ce qui me vaut de m’étonner d’avoir deux cuisines, puis de ne plus retrouver le séjour où j’ai déposé mes affaires. Heureusement le réceptionniste me hèle avant que je ne devienne fou, et après quelques hésitations parvient à faire fonctionner la climatisation et à me donner le code WiFi (qui fonctionne de façon aléatoire).

De ma fenêtre je vois le gopura est du temple que je vais voir demain, avec en arrière-plan la montagne sacrée (un volcan éteint) dont les pèlerins shivaïtes font le tour pieds nus les nuits de pleine lune, en s’arrêtant aux 8 linguams vénérés.



Le soir j’échoue au Dreaming Tree, un restaurant presque bio (c’est ainsi qu’ils se vendent), où je retrouve quelques faces de visage pâle, et une ambiance agréable sous une paillote bien ventilée, sur le toit d’un petit immeuble. Si je n’avais pas pu guider mon chauffeur avec Google Maps, nous n’aurions jamais trouvé, le nombre de touristes est trop insignifiant pour que tous les lieux qu’ils aiment fréquenter soient connus. Pour fêter cela je commande successivement deux ginger beers (sans alcool) et des tacos végétariens entourés de quelques légumes frais, que la carte décrit comme parfaitement désinfectés à l’ozone. Je ne serai pas malade en tout cas.

Au retour la circulation s’est bien calmée : les indiens ne semblent pas se coucher très tard.

vendredi 4 août 2017

Trajet zombie vers Kanchipuram

Après avoir un peu galéré pour trouver comment joindre Kanchipuram, je finis par prendre un bus local vert. J'aurai un changement. J'ai beaucoup de mal à me faire comprendre des employés publics, et la fatigue se fait sentir. Je finis par comprendre qu'il faut que je mette mon gros sac devant, dans les pieds du receveur.

Car en Inde, il coûte moins cher de rémunérer des salaires que d'automatiser les processus, et toutes les activités se font donc avec un luxe de moyens humains que nous ne connaissons plus. C'est frappant dans les mini-markets où les vendeuses pullulent, alors que nos hypers sont de plus en plus vides. Nous avons supprimé tous ces petits boulots, en parvenant même à nous féliciter de la disparition de ces tâches peu gratifiantes voire pénibles. Et pourtant ce sont autant d'emplois faisant vivre des familles que nous avons méthodiquement chassé de notre horizon, enfin, pas pour longtemps puisqu'en définitive leurs titulaires potentiels se retrouvent dans la rue. Il y a certes des pauvres et des mendiants en Inde, mais je ne suis pas certain que nous faisons mieux depuis 30 ans.

Nous partons donc par les petites routes. Celles-ci ne permettent pas à deux véhicules de se croiser aisément, mais cela n'empêche pas le chauffeur de foncer aussi vite que son moteur le lui permet (cela demeure raisonnable). Le bus est très vieux, le levier de vitesse est en partie relié au moteur par des ficelles, mais ça marche.



Le seul problème est que je ne sais pas si ma correspondance est au terminus ou pas. Je n'ai pas de connexion réseau, je suis épuisé, je finis par descendre à ce qui ressemble à une gare routière d'importance. Je fais même au revoir au chauffeur. Son collègue me rattrape sur le bitume et me dit de remonter, ce n'est pas encore là. Plus tard, une fois arrivés à destination, il m'accompagnera jusqu'au second bus et refusera un pourboire pour ses bons soins, mais sourira devant mes remerciements soulagés (même si on ne se comprend pas vraiment).

Le deuxième trajet s'effectue de nuit : les phares y arrachent les fantômes de pâles motocyclistes, de bœufs ou de charrettes peu réactives aux coups de klaxon, mais finalement je m'en moque et nous arrivons à destination après trois heures de route, pour environ 70 kilomètres. Un tuk tuk, un repas dans le restaurant de l'hôtel (malheureusement animé par une bande son à base de flûte de pan pour aéroport), et au lit.


Parachutage en banlieue de Mamalipuram

Après une heure et demi de sommeil, et un petit déjeuner pris en commun avec les membres du groupe, je suis parti chercher un distributeur de billets (ATM), et accessoirement un magasin où acheter une carte SIM pour la tablette d'Anne. Mais les banques ne ressemblent pas aux nôtres ici, elle n'ont pas de grande devanture luxueuse, elles sont comme les autres commerces, avec donc un petit pas de porte derrière un rideau de fer. Parfois le distributeur de billets est tout seul dans un petit espace, mais ne donne pas directement dans la rue. Bref j'ai beaucoup marché avant de devenir plus attentif, puis de tester infructueusement ma carte dans plusieurs machines, jusqu'à finalement trouver. Et oui les ATM se cachent, ont une nature récalcitrante, et font parfois des bonnes blagues, comme je le constaterai à Tiruvannamalai.

En attendant j'arrive juste à temps pour le départ du groupe, sans avoir résolu les problèmes de téléphone. Le guide local apprenant que je me désolidarise du groupe et que je vais à Mamalipuram, indique que le mini car va y passer, et propose donc de faire cette partie du trajet avec la bande de respirateurs spiritualistes (oui, il y a un thème au voyage d'Anne).




Ca me va bien et je goûte donc les joies de la vie en groupe pendant un peu moins de deux heures. Il y a un Suisse assez sympathique qui préférerait ne pas se retrouver tout seul avec toutes ces femmes (dit-il), et il fait tout ce qu'il peut pour me convaincre de rester, en guise de plaisanterie. On le voit derrière sur la photo faite par Anne. La guide française est tout à droite, et la thérapeute spiritualiste  juste derrière. La lumière vive venant de la fenêtre m'a déjà à moitié effacé et c'est très bien comme cela.



Un peu plus tard, alors que le bus commence à exprimer une pointe de faim, et que je m'apprête à déjeuner avec le groupe, ce qui me permet de passer un peu plus de temps avec Anne, et de repousser le moment du passage en mode sans assistance, le bus s'arrête à un carrefour, et le guide me dit de descendre, c'est là Mamalipuram, enfin à quelques kilomètres.

Un baiser somme toute pudique et rapide, et me voilà expulsé. tout ce que je connais c'est le prix théorique de la course de rickshaw jusqu'au centre-ville (50 roupies).

jeudi 3 août 2017

Du libéralisme vestimentaire dans la zone de transit de Bahreïn

Beaucoup de touristes s'arrêtent à Bahreïn sur leur chemin vers l'Orient. Du coup les tenues vestimentaires se mélangent sans solution de transition dans la zone de transit : une femme entièrement voilée peut sortir des toilettes à tâtons, tandis qu'à côté d'elle une autre orientale arborera un profond décolleté et son absence de soutien-gorge, le tout sans que cela ne suscite d'intervention quelconque.

Il y a même des touristes tout en legos.

A l'escale (Bahreïn)



Anne et moi commençons notre voyage en Inde du Sud. Mais à part quelques jours dans le Kerala, au moment de son anniversaire, et avant de nous retrouver pour une semaine dans le centre du Sri Lanka, nous voyagerons séparément (c'est plus sûr !), d’où le titre du blog : Variantes dravidiennes

  • Anne cheminera avec un groupe d’une dizaine de Français orientés spiritualité, rencontres culturelles et médecines alternatives, encadrées par un guide de voyage culturel et une thérapeute, par ailleurs sœurs, en bénéficiant d’un mini-bus climatisé et d’une totale prise en charge de la logistique
  • J’ai préféré tailler ma route moi-même, avec un sac à dos tout neuf. Peut-être que j’expliquerai plus tard comment j’en suis arrivé là.

Le projet est de tenir deux carnets de voyage en parallèle, celui d'Anne et le mien, mais l'intégration ne se fera pas en temps réel, il pourra y avoir plus de délai pour celui d'Anne. 

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