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samedi 5 août 2017

Trajet vers Tiruvanamalai

Après avoir interrogé quelques employés successifs qui tous m’envoient à des endroits différents de la gare routière, je finis par trouver mon bus. Enfin je n’en suis jamais tout à fait certain, car je doute de bien prononcer le lieu de destination, et j’obtiens parfois des réponses contradictoires. Je me fais confirmer plusieurs fois que je suis dans le bon bus, c’est plus sûr, et un quart d’heure après être parti, je vérifie que nous avançons dans la bonne direction.

En effet les destinations affichées dans les bus sont en caractères tamouls et donc illisibles pour moi. Et quand je pose une question les habitants me répondent souvent par un curieux dodelinement de la tête, assez ambigu quant à son sens.


Le receveur me fait mettre mon sac devant et m’indique une place sur une banquette près de deux hommes. Il y a la place sauf pour mes genoux, j’ai d’énormes difficultés à les caser, ce doit être un emplacement pour enfants, c’est pas possible ! Évidemment cela fait mal, mais à une escale j’ai l’occasion de m’approprier une meilleure place où je peux étendre mes jambes sans difficultés, même si je n’ai plus grand chose pour me protéger de la route que le pare-brise.

A l’arrivée, le chauffeur du tuk-tuk a sincèrement du mal à localiser le lieu de ma résidence, qui vient d’ouvrir. Cela se voit d’ailleurs, le réceptionniste s’exprime difficilement et ne parvient pas à faire fonctionner le lecteur de carte de crédit. J’ai droit à un appartement pour quatre, dans lequel je me perds rapidement car une porte de communication est demeurée ouverte avec l’appartement adjacent, ce qui me vaut de m’étonner d’avoir deux cuisines, puis de ne plus retrouver le séjour où j’ai déposé mes affaires. Heureusement le réceptionniste me hèle avant que je ne devienne fou, et après quelques hésitations parvient à faire fonctionner la climatisation et à me donner le code WiFi (qui fonctionne de façon aléatoire).

De ma fenêtre je vois le gopura est du temple que je vais voir demain, avec en arrière-plan la montagne sacrée (un volcan éteint) dont les pèlerins shivaïtes font le tour pieds nus les nuits de pleine lune, en s’arrêtant aux 8 linguams vénérés.



Le soir j’échoue au Dreaming Tree, un restaurant presque bio (c’est ainsi qu’ils se vendent), où je retrouve quelques faces de visage pâle, et une ambiance agréable sous une paillote bien ventilée, sur le toit d’un petit immeuble. Si je n’avais pas pu guider mon chauffeur avec Google Maps, nous n’aurions jamais trouvé, le nombre de touristes est trop insignifiant pour que tous les lieux qu’ils aiment fréquenter soient connus. Pour fêter cela je commande successivement deux ginger beers (sans alcool) et des tacos végétariens entourés de quelques légumes frais, que la carte décrit comme parfaitement désinfectés à l’ozone. Je ne serai pas malade en tout cas.

Au retour la circulation s’est bien calmée : les indiens ne semblent pas se coucher très tard.

Premiers pas dans la ville indienne

Evitant la salle climatisée qui a tout du frigidaire, y compris l’absence de fenêtres, je déjeune à une table collective avec les Indiens, où je commande des plats à peu de choses près au hasard. Le serveur ne comprend pas grand chose à ce que je raconte mais sourit et me montre comment me débrouiller avec les aliments qu’il m’apporte, et l’aide d’une unique cuillère. La plupart des Indiens mangent avec les doigts de leur main droite, mélangeant les ingrédients disposés sur une feuille de bananier (en l'occurrence en plastique). Il me dit comment gérer le café au lait sucré que les Tamouls boivent de préférence au thé, et s’étonne que je ne veuille pas de lait.

Le restaurant est assez grand, simple mais très propre, et il y a un personnel très nombreux, en salle et en cuisine. On sent que les charges de personnel et les vertiges de l’automatisation ne sont pas des problèmes ici.

Je ressors et vais à mon hôtel à pied, avec l’aide d’un plan téléchargé sur mon téléphone, puisque je n’ai pas de réseau. Google Maps va beaucoup m’aider pendant mon voyage, notamment pour me repérer lors des trajets en bus.

L’agitation est trépidante, la circulation est intense, principalement composée de motos, et très sonore, chacun pétaradant et klaxonnant à tout va.

Les petits commerces se succèdent le long de la chaussée sans qu’il y ait vraiment de trottoirs. Beaucoup de matériaux au rebut jonchent les espaces près des murs, le désordre est grand. De grands panneaux publicitaires masquent les façades de beaucoup de constructions.



Vers la fin de la journée je pars pour Tiruvannamalai, en rejoignant à pied le dépôt de bus.


Ekambareshwara, premier contact avec les rituels, et première arnaque

Ekambareshwara est un énorme temple en activité dédié à Shiva, dans son rapport à la terre, et édifié au début du XVIème siècle. Il en existe trois autres au Tamil Nadu dédiés à un élément : le feu à Tiruvannamalai, l’espace à Chidambaram, et l’eau à Trichy, que je verra successivement. Un cinquième consacré à l’air est situé dans l’Andra Pradesh.

L’entrée du temple est précédée d’une galerie couverte d’une centaine de mètres, qui borde l’un des côtés d’un bassin sacré. C’est un lieu d’échange et de réunion. Des hindous y récitent des mantras en groupe, d’autres mangent ce qui est préparé sur place par de petites échoppes, les passants prient, sacrifient ou se prosternent, d’autres enfin attendent ou dorment.


J’hésite à rentrer sous le portique, car je ne sais pas où commence la limite de l’espace interdit aux non croyants, alors un homme petit et entre deux âges me dit « Come ! » en me faisant signe d’entrer, avant de se détourner rapidement.

Il ne me perd cependant pas de vue, et alors que je m’approche de l’entrée du sanctuaire, le revoilà qui surgit devant moi. Il me donne quelques informations basiques sur la construction du temple, avec un accent difficilement compréhensible, et me fait signe de le suivre à l’intérieur. Je me dis que ce sera sans doute plus simple d’avoir un guide pour me repérer, et je le suis.

Mais si tôt atteint le seuil, un comparse s’interpose en indiquant que c’est interdit. Mon guide me dit que je peux entrer quand même si je graisse la patte du cerbère, qui s’éclipse donc rapidement avec 200 roupies (3 €). Je pénètre dans le temple avec le frisson de l’explorateur conscient de faire quelque chose de tabou, d’autant que je ne verrai aucun autre occidental pendant toute ma visite.

L’intérieur du temple est composé de galeries larges aux colonnes sculptées, la pierre est noire et il y a peu de lumière, faute d’ouvertures, malgré les néons suspendus au plafond. Sur les côtés sont alignés des linguam symbolisant Shiva devant lesquels des petites chandelles brillent parfois. Les photos sont interdites.

Ces galeries ceinturent les zones les plus sacrées et permettent la circumambulation des fidèles. Mais je me rends vite compte que l’endroit interdit est en fait nettement plus restreint que je ne le pensais, et d’ailleurs clairement délimité par un panneau. Je me suis bien fait avoir, mais bon, c’est pas grave.

Ce qui est embêtant c’est que je comprend seulement un quart de ce que dit mon guide, j’ai l’impression d’être devenu nul en anglais. Mais d’après les bribes que je comprends, il ne me donne pas beaucoup plus d’informations que ce qu’il y a dans mon guide.

Nous arrivons près d’une petite cour où poussent les restes d’un manguier vieux de 4000 ans, selon la légende locale. En pratique, il ne pousse plus qu’un arbre à peine adulte, peut être un rejet du végétal originel, mais rien d’impressionnant. C’est sous cet arbre qu’un avatar de Parvati, épouse de Shiva, se consumait de désir pour lui. Il est possible de faire le tour de l’arbre et de recevoir la bénédiction d’un prêtre, ce que je fais, et je reçois un tilak, une marque au front, en échange d’un petit don.

Je ferai le même cérémonial ailleurs dans le temple, autour d’une statue de Shiva dansant, couvert de fleurs. Là le prêtre protestera contre le montant trop faible de mon aumône, en disant que les aumônes commencent à cent roupies pour les touristes. Personne ne perd le nord ici, ce qui ne m’empêche pas de m’en aller sans autre abondement.

Mon guide a vraiment un regard fuyant et je suis bien content de m’en débarrasser peu après, pour retrouver mon chauffeur de tuk tuk, que je fais me déposer près d’un restaurant végétarien, enfin je ne sais pas pourquoi je précise, il n'y a que ça ici.


Kailasamatha, vous reprendrez bien un peu de Pallava ?

Le deuxième temple est ancien (VIIIème, dynastie Pallava, comme à Mammalipuram), petit, et n’est plus beaucoup utilisé pour le culte de Shiva. L’intérieur est d’ailleurs fermé quand je le visite. Les sculptures en grès qui le recouvrent sont très délicates.

Les touristes tamouls venus en groupes admirer le temple prennent un petit en-cas acheté à un vendeur installé sur les marches du sanctuaire. Hommes, femmes, enfants, tout le monde tient sa petite assiette dans laquelle on pioche avec ses doigts. On ne mange pas autrement ici.

Ca photographie et caresse à tout va, et je ne suis pas en reste.




Bâtiment des mariages au temple de Varadaraja Perumal


L'accès du sanctuaire de ce premier temple du XIème dédié à Vishnu est interdit aux non hindous : je devrai donc me contenter de la salle des mariages et de l'observation des croyants à la porte du temple. Heureusement ce ne sera pas général.

La salle des mariages est hypostyle. Il y a une centaine de piliers, entièrement couverts de bas reliefs, avec dans l’allée principale des cavaliers sabre au clair en guise de caryatides. C’est un travail extraordinaire. Certaines sont pleines d'une douce langueur, les hindous ne cachant rien de la vie des dieux.


A la sortie, l’employé qui fait payer les visiteurs pour pouvoir prendre des photos, en criant à intervalles réguliers « Mobile camera ! », me montre une video d’Obama en train de danser dans le bureau ovale sur une musique indienne en tenant à deux mains une boule à facettes. Il dit « Great man ! » et j’approuve. C’est incroyable la popularité de l’ex président américain, même si en l’occurrence il m’a sans doute montré un fake.

De la maîtrise du up-selling par les Indiens

En sortant de l’hôtel je négocie avec un chauffeur de tuk-tuk sur la base du prix indicatif que m’a préalablement donné le réceptionniste. Il se défend un peu mais finit par accepter, et nous démarrons. Il a une conduite moins sauvage que le précédent.




Gardant toute sa motivation il me propose de m’emmener voir des vendeurs de saris en soie, qui est une spécialité de Kanchipuram. Je refuse alors il me demande ce que je souhaite voir. Je donne les noms des trois temples, et il me propose alors un forfait, en échange de quoi il m’attendrait à chaque étape. Il n’y a pas une grosse valeur ajoutée pour moi car les tuk-tuk pullulent, mais lui a sans doute pu faire passer un prix plus intéressant avec cette seconde négociation.

vendredi 4 août 2017

Trajet zombie vers Kanchipuram

Après avoir un peu galéré pour trouver comment joindre Kanchipuram, je finis par prendre un bus local vert. J'aurai un changement. J'ai beaucoup de mal à me faire comprendre des employés publics, et la fatigue se fait sentir. Je finis par comprendre qu'il faut que je mette mon gros sac devant, dans les pieds du receveur.

Car en Inde, il coûte moins cher de rémunérer des salaires que d'automatiser les processus, et toutes les activités se font donc avec un luxe de moyens humains que nous ne connaissons plus. C'est frappant dans les mini-markets où les vendeuses pullulent, alors que nos hypers sont de plus en plus vides. Nous avons supprimé tous ces petits boulots, en parvenant même à nous féliciter de la disparition de ces tâches peu gratifiantes voire pénibles. Et pourtant ce sont autant d'emplois faisant vivre des familles que nous avons méthodiquement chassé de notre horizon, enfin, pas pour longtemps puisqu'en définitive leurs titulaires potentiels se retrouvent dans la rue. Il y a certes des pauvres et des mendiants en Inde, mais je ne suis pas certain que nous faisons mieux depuis 30 ans.

Nous partons donc par les petites routes. Celles-ci ne permettent pas à deux véhicules de se croiser aisément, mais cela n'empêche pas le chauffeur de foncer aussi vite que son moteur le lui permet (cela demeure raisonnable). Le bus est très vieux, le levier de vitesse est en partie relié au moteur par des ficelles, mais ça marche.



Le seul problème est que je ne sais pas si ma correspondance est au terminus ou pas. Je n'ai pas de connexion réseau, je suis épuisé, je finis par descendre à ce qui ressemble à une gare routière d'importance. Je fais même au revoir au chauffeur. Son collègue me rattrape sur le bitume et me dit de remonter, ce n'est pas encore là. Plus tard, une fois arrivés à destination, il m'accompagnera jusqu'au second bus et refusera un pourboire pour ses bons soins, mais sourira devant mes remerciements soulagés (même si on ne se comprend pas vraiment).

Le deuxième trajet s'effectue de nuit : les phares y arrachent les fantômes de pâles motocyclistes, de bœufs ou de charrettes peu réactives aux coups de klaxon, mais finalement je m'en moque et nous arrivons à destination après trois heures de route, pour environ 70 kilomètres. Un tuk tuk, un repas dans le restaurant de l'hôtel (malheureusement animé par une bande son à base de flûte de pan pour aéroport), et au lit.