Arrivés vers 11h à l'aéroport de Colombo, nous sommes vite sollicités par des chauffeurs de taxi, à l'intérieur même de l'aérogare. Je commence par refuser car j'ai prévu que nous prenions un bus vers la gare routière, afin de tenter de prendre un train pour Anuradhapura. Mais j'angoisse un peu : il n'a pas été possible de réserver à l'avance des places en voiture climatisée, je ne sais pas s'il y en a, et j'ai quelques sueurs froides en imaginant un plan B à base de bus bondé et surchauffé klaxonnant pour se faire de la place sur la route en zigzaguant. Il ne faudrait pas commencer par une galère de cinq heures, d'autant que ma petite femme en porcelaine a peu dormi.
Nous ne trouvons d'ailleurs pas le départ des bus à l'extérieur de l'aérogare, et, toujours environnés de rabatteurs qui nous demandent où nous allons, je commence à m'enquérir des prix. Soixante euros pour un trajet en voiture pour Anuradhapura, la cité la plus ancienne des rois bouddhiques du Sri Lanka, cela n'a évidemment rien à voir avec les tarifs auxquels je suis habitué, mais nous arriverions bien plus tôt, et surtout sans rupture de charge ni aléas. Je finis par céder.
Dans le véhicule qui progresse tranquillement, Anne ayant évoqué sa peur des accidents, nous constatons vite que la circulation sri lankaise est bien différente de l'indienne. Si les routes sont plus étroites, elle y sont aussi meilleures, et moins agitées. Il y a moins de motos, bicyclettes et tuk tuk, et tout est beaucoup plus calme et vert. On n'entend pas trop de klaxon. Et sur les bas côtés, il y a bien moins d'ordures. Bref le premier contact est assez agréable. Il y a un détail assez idiot, mais rassurant pour nous, c'est la présence d'un marquage au sol : il y a même des bandes blanches sur les côtés de la chaussée.
Notre chauffeur n'est pas loquace mais nous conduit tranquillement à notre hötel, assez grand, mais qui a l'avantage de border un des nombreux lacs artificiels de la cité antique, et est pourvu d'une piscine. Dans la chambre, dont la baie vitrée donne directement sur le jardin, nous découvrons un peit avertissement amusant.
lundi 21 août 2017
dimanche 20 août 2017
Dernière journée à Cochin avant le Sri Lanka
Pour des raisons de parité bien compréhensibles, j'ai moi aussi pris un hôtel de luxe à Cochin, donnant sur la rade. L'avantage est que la réception, rompue à un flegme total devant les excentricités de ses clients, ne manifeste aucune surprise quand je la préviens que mon épouse passera sans doute me chercher.
Cochin est une ville d'où le trafic des épices et du thé, en provenance des montagnes orientales, est longtemps parti. Elle a conservé, dans certains quartiers, son ambiance coloniale. Dans le quartier de Cochin Fort, où nous sommes installés, il y a surtout des villas ou de petits immeubles. C'est vert, plutôt calme, et très agréable. Le seul problème est qu'il y a beaucoup d'occidentaux du fait de la proximité d'un aéroport international.
Les pouvoirs municipaux ont laissé poussé des arbres absolument gigantesques qui sont aussi une des attractions du lieu.
Cochin est une ville d'où le trafic des épices et du thé, en provenance des montagnes orientales, est longtemps parti. Elle a conservé, dans certains quartiers, son ambiance coloniale. Dans le quartier de Cochin Fort, où nous sommes installés, il y a surtout des villas ou de petits immeubles. C'est vert, plutôt calme, et très agréable. Le seul problème est qu'il y a beaucoup d'occidentaux du fait de la proximité d'un aéroport international.
Les pouvoirs municipaux ont laissé poussé des arbres absolument gigantesques qui sont aussi une des attractions du lieu.
samedi 19 août 2017
Trajet vers Cochin et la récupération d'Anne
Le retour vers Cochin est tout aussi sportif que l'aller, même si le bus est cette fois public. Il a beau être rapide, j'ai quand même le temps de saisir cette vue d'un panneau publicitaire dans une petite ville indienne.
Il n'a rien d'isolé : les entreprises liées à la construction n'hésitent pas à faire la promotion de leurs produits techniques dans la rue (ici des barres en acier). Cela dénote sans doute une phase d'intense développement immobilier.
Au sortir de la gare routière de Cochin, cela se matérialise notamment par ce type de juxtaposition architecturale.
Il n'a rien d'isolé : les entreprises liées à la construction n'hésitent pas à faire la promotion de leurs produits techniques dans la rue (ici des barres en acier). Cela dénote sans doute une phase d'intense développement immobilier.
Au sortir de la gare routière de Cochin, cela se matérialise notamment par ce type de juxtaposition architecturale.
vendredi 18 août 2017
Trek dans les plantations de thé et d’épices à Munnar
Je rejoins six jeunes, dont deux étudiants français de Sciences Po Rennes qui font une année d’échange à l’université de Pondichéry. Ces deux là feront la journée avec moi, les autres quitteront le groupe après la pause déjeuner.
Nous grimpons vers un pic proche de Munnar atteignant les 2000 mètres. Nous n’avons que 500 mètres de dénivelée et il ne fait pas trop chaud, le ciel étant fortement couvert. Il se dégagera progressivement, et ce sera la seule belle journée de la semaine, paraît-il, sans pluie sauf en deuxième partie d’après-midi, quand nous aurons déjà rejoint notre tuk tuk.
Nous nous élevons doucement à travers les plantations de thé. Malgré le manque de lumière, les paysages sont magnifiques. Les buissons de thé, taillés à hauteur d’homme, offrent d’infinies variétés de vert, selon l’âge des feuilles. les passages réservés pour les cueilleurs dessinent des circonvolutions noires sur ce tapis qui épouse les reliefs en les adoucissant.
Notre guide nous explique qu’ici tout appartient à la firme Tata, un conglomérat industriel indien également producteur d’acier et d’automobiles. Tata a une forme coopérative, et emploie à Munnar environ 40 000 personnes, auxquelles il propose de nombreux services, comme l’éducation ou les soins gratuits. Malgré le respect que nous ressentons pour la firme, les cueilleurs sont rémunérés au kilo, et travaillent à la main ou à la cisaille, selon la qualité voulue et la densité de nouvelles pousses. Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur Tata Group, allez sur son site web, c'est intéressant.
Seules les feuilles les plus jeunes sont bonnes pour la consommation, les plus sombres ne sont pas utilisables. Les jeunes pousses, encore enroulées, font le thé le plus recherché (thé blanc). Puis par ordre décroissant viennent les thés vert et noir, tout ceci à partir de la même variété. Le thé fait partie de la grande famille des camélias, et formerait un arbre de 6 mètres de hauteur s’il n’était pas taillé de façon à pousser bas et en largeur.
Nous abordons maintenant des altitudes où ne pousse plus qu’une végétation d’herbes plus ou moins rases. Notre guide nous montre des fumées d’éléphant. Il y a deux jours il en a vu trois par ici. Je ne pensais pas que les éléphants se plaisaient en montagne, mais après tout cela explique mieux qu’Hannibal ait pu leur faire franchir les Alpes pour marcher sur Rome. Sur les fumées poussent de petits champignons blancs.
Nous prenons un en-cas sur un escarpement rocheux et un immense aigle noir nous survole tranquillement. Le couple d’espagnols présent dans notre petit groupe nous demande si nous sommes au courant de l’attentat au camion bélier qui a tué des dizaines de personnes sur les Ramblas de Barcelone la veille. Nous nous remémorons les crimes terroristes qui ont ensanglanté nos deux pays ces vingt dernières années. Puis nous prenons quelques photos du panorama avant de commencer une descente qui s’avérera longue et pénible, d’abord dans les plantations de thé, puis celles d’épices, du fait de la pente très raide et de la durée de l’épreuve.
Au fur et à mesure que nous descendons, nous retrouvons des morceaux de route, longeons deux écoles (l’une publique et l’autre privée et catholique), et finissons notre trek dans une charmante villa où un robuste curry végétarien nous est servi. Mes deux étudiants français en avalent de grosses quantité en mangeant avec leurs doigts. Ce n’est pas très ragoutant à voir, mais ils m’expliquent que la sensation est agréable et que l’appréhension de la nourriture est plus complète. La quasi-totalité des Indiens que j’ai vus mangent comme cela, sur une feuille de bananier, mais je ne m’y suis pas mis.
En mangeant ils me disent que Pondichery n’était pas leur premier choix, mais qu’ils y sont très satisfaits. La ville est une des plus agréables du Tamil Nadu, et ils se sont fait beaucoup d’amis Indiens. Ils ont d’autant plus de temps que l’enseignement n’est pas très intense.
En y réfléchissant, je suis frappé par le nombre d’établissements d’enseignement technique ou supérieur que j’ai vus depuis mon bus. Beaucoup reste à faire pour développer les infrastructures indiennes, mais le volume de la population étudiante devrait leur donner tous les ingénieurs et gestionnaires dont le pays à besoin. Cela inspire une certaine confiance pour l’avenir.
L’un des deux Sciences Po repart le soir même pour Pondichéry par une succession de bus de nuit. Il en aura probablement pour plus de 12 heures de voyage, mais cela n’a pas l’air de trop l’effrayer : c’est là que je me dis que nous n’avons pas le même âge.
Nous grimpons vers un pic proche de Munnar atteignant les 2000 mètres. Nous n’avons que 500 mètres de dénivelée et il ne fait pas trop chaud, le ciel étant fortement couvert. Il se dégagera progressivement, et ce sera la seule belle journée de la semaine, paraît-il, sans pluie sauf en deuxième partie d’après-midi, quand nous aurons déjà rejoint notre tuk tuk.
Nous nous élevons doucement à travers les plantations de thé. Malgré le manque de lumière, les paysages sont magnifiques. Les buissons de thé, taillés à hauteur d’homme, offrent d’infinies variétés de vert, selon l’âge des feuilles. les passages réservés pour les cueilleurs dessinent des circonvolutions noires sur ce tapis qui épouse les reliefs en les adoucissant.
Notre guide nous explique qu’ici tout appartient à la firme Tata, un conglomérat industriel indien également producteur d’acier et d’automobiles. Tata a une forme coopérative, et emploie à Munnar environ 40 000 personnes, auxquelles il propose de nombreux services, comme l’éducation ou les soins gratuits. Malgré le respect que nous ressentons pour la firme, les cueilleurs sont rémunérés au kilo, et travaillent à la main ou à la cisaille, selon la qualité voulue et la densité de nouvelles pousses. Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur Tata Group, allez sur son site web, c'est intéressant.
Seules les feuilles les plus jeunes sont bonnes pour la consommation, les plus sombres ne sont pas utilisables. Les jeunes pousses, encore enroulées, font le thé le plus recherché (thé blanc). Puis par ordre décroissant viennent les thés vert et noir, tout ceci à partir de la même variété. Le thé fait partie de la grande famille des camélias, et formerait un arbre de 6 mètres de hauteur s’il n’était pas taillé de façon à pousser bas et en largeur.
Nous prenons un en-cas sur un escarpement rocheux et un immense aigle noir nous survole tranquillement. Le couple d’espagnols présent dans notre petit groupe nous demande si nous sommes au courant de l’attentat au camion bélier qui a tué des dizaines de personnes sur les Ramblas de Barcelone la veille. Nous nous remémorons les crimes terroristes qui ont ensanglanté nos deux pays ces vingt dernières années. Puis nous prenons quelques photos du panorama avant de commencer une descente qui s’avérera longue et pénible, d’abord dans les plantations de thé, puis celles d’épices, du fait de la pente très raide et de la durée de l’épreuve.
Nous guide change et le nouveau s’avère plus prolixe en explications. Cela tombe bien car il y a beaucoup à voir, et même à goûter, dans cette jungle à la terre rouge, où tout s’avère cultivé, à tous les étages de la forêt. En bas, sous la protection du couvert offert par des arbres plus grands, poussent le poivre (une liane), le cacao (dont les grosses gousses sont à hauteur d’homme), la cardamone (une plante de la taille du maïs, dont les graines se déploient en grappes à son pied), le gingembre (une plante peu élevée), sans compter tous les fruitiers, dont le big fruit, produisant d’énormes fruits. Le guide nous fait goûter un tout petit piment qui nous brûle la langue pendant un bon quart d’heure. Au milieu de tout cela, des araignées de 10 cm de diamètre déploient des toiles gigantesques.
Au fur et à mesure que nous descendons, nous retrouvons des morceaux de route, longeons deux écoles (l’une publique et l’autre privée et catholique), et finissons notre trek dans une charmante villa où un robuste curry végétarien nous est servi. Mes deux étudiants français en avalent de grosses quantité en mangeant avec leurs doigts. Ce n’est pas très ragoutant à voir, mais ils m’expliquent que la sensation est agréable et que l’appréhension de la nourriture est plus complète. La quasi-totalité des Indiens que j’ai vus mangent comme cela, sur une feuille de bananier, mais je ne m’y suis pas mis.
En mangeant ils me disent que Pondichery n’était pas leur premier choix, mais qu’ils y sont très satisfaits. La ville est une des plus agréables du Tamil Nadu, et ils se sont fait beaucoup d’amis Indiens. Ils ont d’autant plus de temps que l’enseignement n’est pas très intense.
En y réfléchissant, je suis frappé par le nombre d’établissements d’enseignement technique ou supérieur que j’ai vus depuis mon bus. Beaucoup reste à faire pour développer les infrastructures indiennes, mais le volume de la population étudiante devrait leur donner tous les ingénieurs et gestionnaires dont le pays à besoin. Cela inspire une certaine confiance pour l’avenir.
L’un des deux Sciences Po repart le soir même pour Pondichéry par une succession de bus de nuit. Il en aura probablement pour plus de 12 heures de voyage, mais cela n’a pas l’air de trop l’effrayer : c’est là que je me dis que nous n’avons pas le même âge.
jeudi 17 août 2017
Début d'intégration des contenus d'Anne
Bon, comme j'en avais un peu assez de faire des articles sur des temples ou des trajets, j'ai commencé à intégrer les contenus d'Anne qu'elle envoie à nos trois filles par WhatsApp.
Vous pouvez tous les retrouver en cliquant sur le libellé "Voyage d'Anne" à droite.
Pour les lieux que nous avons visité tous les deux, j'ai inclus des liens croisés entre les pages.
Vous pouvez tous les retrouver en cliquant sur le libellé "Voyage d'Anne" à droite.
Pour les lieux que nous avons visité tous les deux, j'ai inclus des liens croisés entre les pages.
Trajet vers Munnar et les plantations de thé
Comme je suis un peu en retard pour attraper mon bus et qu’il n’y en a qu’un par jour depuis Allapujah, mon hôte a la gentillesse de m’emmener à la gare routière sur sa Royal Enfield. C’est nettement plus agréable que la vespa, et surtout le bruit du moteur est extraordinaire, assez comparable à celui d’une Harley.
Il s’avère que pour la première fois je vais voyager dans un bus privé, avec des sièges confortables et même une climatisation. Le chauffeur est néanmoins aussi fou que les autres, et comme il dispose d’une machine efficace, double à peu près tout le temps sur la route en lacets extrêmement encombrée.
Après cinq heures de suspens embarbouillé, je me fais déposer à un petit carrefour d’où un tuk tuk m’amène à l’hôtel. Il est encore tôt, mais l’arrivée d’une pluie assez dense à l’heure d’une première excursion prévue dans les plantations de thé fera annuler celle-ci par le guide. Je ne fais donc pas grand chose jusqu’à l’heure du repas, à part avancer dans ma lecture des mémoires toujours très vivantes et intéressantes de Keith Richards, et sur le blog. Je dîne tôt, demain je me lève à 5h30 pour rejoindre un guide à Munnar, en espérant qu'il ne pleuve pas.
Il s’avère que pour la première fois je vais voyager dans un bus privé, avec des sièges confortables et même une climatisation. Le chauffeur est néanmoins aussi fou que les autres, et comme il dispose d’une machine efficace, double à peu près tout le temps sur la route en lacets extrêmement encombrée.
Après cinq heures de suspens embarbouillé, je me fais déposer à un petit carrefour d’où un tuk tuk m’amène à l’hôtel. Il est encore tôt, mais l’arrivée d’une pluie assez dense à l’heure d’une première excursion prévue dans les plantations de thé fera annuler celle-ci par le guide. Je ne fais donc pas grand chose jusqu’à l’heure du repas, à part avancer dans ma lecture des mémoires toujours très vivantes et intéressantes de Keith Richards, et sur le blog. Je dîne tôt, demain je me lève à 5h30 pour rejoindre un guide à Munnar, en espérant qu'il ne pleuve pas.
mercredi 16 août 2017
Boire une bière sans déprimer dans un bar indien
Sur les conseils de mon hôte je vais profiter des derniers rayons du soleil sur la plage d’Allapujah, où se côtoient certains des meilleurs restaurants de la ville, ainsi qu’un bar mentionné dans mon guide. Le front de mer n’a rien d’une riviera : une voie rapide en viaduc est en construction sur le front de mer, et a déjà saboté l’agrément qu’il pouvait avoir. La plage demeure toute fois agréable.
La décoration intérieure du bar indien n’est pas très joyeuse, mais apparemment les clients, tous des hommes plutôt jeunes, ne viennent pas pour ça, si j’en juge par le nombre de bouteilles de bière de 66 centilitres qui traînent sur les tables. Je suis le seul visage pâle parmi eux. On me fait signe d’aller commander au comptoir, et cette trace des habitudes britanniques me rappelle un pub londonien à l’ambiance particulièrement soignée et originale.
Son souvenir n’est pas particulièrement à l’avantage du lieu. Il est vrai qu’entre des murs en pierres grossières vernies en marron, des poutre et tuiles apparentes également sombres, un mobilier foncé et un sol lie-de-vin, le bar indien ne déclenche pas l’excitation. D’autant qu’il est à peine éclairé par des ampoules basses consommation pendouillant de la charpente.
La seule touche de couleur du lieu est le fruit d’un panneau publicitaire célébrant le sponsoring du championnat de cricket par la marque de bière Kingfisher, avec son bel oiseau piscicole bleu et jaune, au long bec pointu. Je m’en reprendrais presque une autre du coup.
La décoration intérieure du bar indien n’est pas très joyeuse, mais apparemment les clients, tous des hommes plutôt jeunes, ne viennent pas pour ça, si j’en juge par le nombre de bouteilles de bière de 66 centilitres qui traînent sur les tables. Je suis le seul visage pâle parmi eux. On me fait signe d’aller commander au comptoir, et cette trace des habitudes britanniques me rappelle un pub londonien à l’ambiance particulièrement soignée et originale.
Son souvenir n’est pas particulièrement à l’avantage du lieu. Il est vrai qu’entre des murs en pierres grossières vernies en marron, des poutre et tuiles apparentes également sombres, un mobilier foncé et un sol lie-de-vin, le bar indien ne déclenche pas l’excitation. D’autant qu’il est à peine éclairé par des ampoules basses consommation pendouillant de la charpente.
La seule touche de couleur du lieu est le fruit d’un panneau publicitaire célébrant le sponsoring du championnat de cricket par la marque de bière Kingfisher, avec son bel oiseau piscicole bleu et jaune, au long bec pointu. Je m’en reprendrais presque une autre du coup.
Trajet en ferry entre Kollam et Allapujah
Le ferry met huit heures pour couvrir les 80 kilomètres, entre les deux villes, mais c’est un plaisir, contrairement au bus.
Au début, nous allons d’étang en étang. Certains sont vraiment grands et se prêteraient bien à une navigation à voile. Mais je n’en verrai aucune à l’horizon : les moteurs hors bord ont tout supplanté. C’est dommage car il y aurait vraiment de quoi faire des croisières extraordinaires, ou au moins des raids sympathiques en voile légère.
Nous croisons beaucoup de bateaux de pêche, dont les équipages nous saluent.
Sur les rivages, je vois plusieurs grandes églises, dont la plus grande en construction. Il y a souvent une statue du Christ campée en avant-poste sur le rivage, parfois accompagné du saint qui donne son nom au lieu.
Quelques personnes privées ont aussi laissé libre cours à leur fantaisie, générant ici une dérivation charnue de notre statue de la liberté, pompeusement intitulée Goddess of Light.
Partout de grands carrelets sont implantés. Je vois aussi des pêcheurs en barque jeter dans l’eau de grands filets circulaires en déroulant amplement leurs bras : ceux-ci tombent entièrement déployés dans l’eau.
Ce paysage très ouvert se referme quand les étangs laissent la place aux canaux orientés nord sud. En période de mousson, qui occasionne des vents d’ouest soutenus faisant déferler les vagues sur les rivages, les back waters et les canaux offrent des mouillages sûrs et des voies de navigation tranquilles aux nombreux pêcheurs. Nous nous arrêtons une petite heure dans un restaurant très simple sur pilotis, pour prendre un déjeuner à base de poisson grillé.
Dans certains canaux secondaires, les plantes aquatiques ont colonisé l’espace, ce qui me fait beaucoup penser au delta du Danube, dans lequel j’avais passé une semaine à la recherche des zones de reproduction des pélicans, en barque maniée à la rame, quand j’étais coopérant en Roumanie. Je retrouve même des îles flottantes. Toutefois dans le Danube il y avait même des roseaux qui poussaient directement dans l’eau, et nous pouvions marcher sur ces îles.
Sur le bord des canaux, nous observons le travail des villageois, qui travaillent dans les rizières et les plantations, ou entretiennent les berges, et, pour les femmes, lavent le linge en le battant contre des pierres plates. Les backwaters ne sont pourtant pas un monde préservé de la modernité, en témoignent les ordures qui flottent à la surface des canaux, ou les sacs plastiques roses ou bleus perçant des remblais récents.
A l’approche d’Allapujah, les bateaux de pêche cèdent progressivement la place aux house boats.
Souvent ils ne sont occupés que par quelques personnes qui y passeront la nuit ou seulement quelques heures. Ils se multiplient au point d’occuper tout l’espace des canaux, pourtant larges, et de forcer notre ferry à actionner sa trompe pour les faire s’écarter. Nous remontons en effet leur flux.
Nous rejoignons finalement notre quai d’arrivée et je trouve sans trop de difficultés la pension tenue par une famille chrétienne dans laquelle j’ai réservé une chambre.
Au début, nous allons d’étang en étang. Certains sont vraiment grands et se prêteraient bien à une navigation à voile. Mais je n’en verrai aucune à l’horizon : les moteurs hors bord ont tout supplanté. C’est dommage car il y aurait vraiment de quoi faire des croisières extraordinaires, ou au moins des raids sympathiques en voile légère.
Nous croisons beaucoup de bateaux de pêche, dont les équipages nous saluent.
Sur les rivages, je vois plusieurs grandes églises, dont la plus grande en construction. Il y a souvent une statue du Christ campée en avant-poste sur le rivage, parfois accompagné du saint qui donne son nom au lieu.
Quelques personnes privées ont aussi laissé libre cours à leur fantaisie, générant ici une dérivation charnue de notre statue de la liberté, pompeusement intitulée Goddess of Light.
Partout de grands carrelets sont implantés. Je vois aussi des pêcheurs en barque jeter dans l’eau de grands filets circulaires en déroulant amplement leurs bras : ceux-ci tombent entièrement déployés dans l’eau.
Ce paysage très ouvert se referme quand les étangs laissent la place aux canaux orientés nord sud. En période de mousson, qui occasionne des vents d’ouest soutenus faisant déferler les vagues sur les rivages, les back waters et les canaux offrent des mouillages sûrs et des voies de navigation tranquilles aux nombreux pêcheurs. Nous nous arrêtons une petite heure dans un restaurant très simple sur pilotis, pour prendre un déjeuner à base de poisson grillé.
Dans certains canaux secondaires, les plantes aquatiques ont colonisé l’espace, ce qui me fait beaucoup penser au delta du Danube, dans lequel j’avais passé une semaine à la recherche des zones de reproduction des pélicans, en barque maniée à la rame, quand j’étais coopérant en Roumanie. Je retrouve même des îles flottantes. Toutefois dans le Danube il y avait même des roseaux qui poussaient directement dans l’eau, et nous pouvions marcher sur ces îles.
Sur le bord des canaux, nous observons le travail des villageois, qui travaillent dans les rizières et les plantations, ou entretiennent les berges, et, pour les femmes, lavent le linge en le battant contre des pierres plates. Les backwaters ne sont pourtant pas un monde préservé de la modernité, en témoignent les ordures qui flottent à la surface des canaux, ou les sacs plastiques roses ou bleus perçant des remblais récents.
A l’approche d’Allapujah, les bateaux de pêche cèdent progressivement la place aux house boats.
Souvent ils ne sont occupés que par quelques personnes qui y passeront la nuit ou seulement quelques heures. Ils se multiplient au point d’occuper tout l’espace des canaux, pourtant larges, et de forcer notre ferry à actionner sa trompe pour les faire s’écarter. Nous remontons en effet leur flux.
Nous rejoignons finalement notre quai d’arrivée et je trouve sans trop de difficultés la pension tenue par une famille chrétienne dans laquelle j’ai réservé une chambre.
mardi 15 août 2017
Promenade dans les petits canaux des backwaters de l’île Monroe
Avec deux jeunes Français, je pars avec un tuk tuk rejoindre l’île Monroe d’où part l’excursion en barque organisée par l’office de tourisme local. J’ai là un jeune cadre d’une compagnie de distribution cinématographique, et son compagnon comptable. Le sélectionneur de films me dit redouter la rentrée en France car c’est la saison des marchés du cinéma, et il va devoir s’avaler des centaines de morceaux de films à Toronto et ailleurs pour retenir ceux qui seront proposés aux chaînes de télévision et aux réseaux de salles, et c’est pour lui une période d’indigestion cinématographique, d’autant qu’il ne doit pas suivre ses goûts, mais ceux des clients.
Pour l’instant nous glissons sur les canaux étroits propulsés par les mouvements lents de la perche. Nous voyons un serpent vert de plus d’un mtre nager en ondulant à la surface de l’eau, la tête bien dressée au-dessus de l’eau, beaucoup d’aigles bruns à tête banche, des kingfishers (l’équivalent de nos martins pêcheurs), quantités de canards, aigrettes, grues et cormorans.
Les canaux séparent des zones où sont cultivés des palmiers coco et des bananiers. Il y a aussi beaucoup de marais servant à l’élevage des crevettes, recouverts de filets pour empêcher les prélèvements des gourmands à plumes, et quelques marais salants. En pratique, c’est une bande de terre de plusieurs centaines de kilomètres de long où les lagunes sont reliées entre elles par des canaux creusés à la main par des générations humaines.
Nous nous arrêtons pour observer les divers processus qui permettent de transformer la noix de coco. Ce fruit est intégralement utilisable : l’eau de la noix est buvable, la chair blanche une fois séchée au soleil peut être pressée pour en extraire de l’huile, et l’écorce fibreuse peut être filée afin de réaliser des cordes. Nous en avons une démonstration avec une technique très similaire à celle présentée à la corderie royale de Rochefort.
Dans les parties de terre ferme, il y a aussi de nombreuses villas, dont certaines très coquettes et spacieuses. C’est une différence visible entre le Kerala et le Tamil Nadu, outre le caractère plus rural : l’agitation y est moins frénétique et l’environnement plus agréable.
Pour l’instant nous glissons sur les canaux étroits propulsés par les mouvements lents de la perche. Nous voyons un serpent vert de plus d’un mtre nager en ondulant à la surface de l’eau, la tête bien dressée au-dessus de l’eau, beaucoup d’aigles bruns à tête banche, des kingfishers (l’équivalent de nos martins pêcheurs), quantités de canards, aigrettes, grues et cormorans.
Les canaux séparent des zones où sont cultivés des palmiers coco et des bananiers. Il y a aussi beaucoup de marais servant à l’élevage des crevettes, recouverts de filets pour empêcher les prélèvements des gourmands à plumes, et quelques marais salants. En pratique, c’est une bande de terre de plusieurs centaines de kilomètres de long où les lagunes sont reliées entre elles par des canaux creusés à la main par des générations humaines.
Nous nous arrêtons pour observer les divers processus qui permettent de transformer la noix de coco. Ce fruit est intégralement utilisable : l’eau de la noix est buvable, la chair blanche une fois séchée au soleil peut être pressée pour en extraire de l’huile, et l’écorce fibreuse peut être filée afin de réaliser des cordes. Nous en avons une démonstration avec une technique très similaire à celle présentée à la corderie royale de Rochefort.
Dans les parties de terre ferme, il y a aussi de nombreuses villas, dont certaines très coquettes et spacieuses. C’est une différence visible entre le Kerala et le Tamil Nadu, outre le caractère plus rural : l’agitation y est moins frénétique et l’environnement plus agréable.
En route vers les plantations des Ghats
Mon projet principal d’ici Cochin et l’envol vers le Sri Lanka est d’aller faire un trek dans les montagnes situées à l’est du Kerala. C’est une zone située entre 1000 et 2000 mètres d’altitude où s’étagent des plantations d’épices, qui approvisionnent depuis longtemps l’Occident en variétés en tout genre (cardamone, poivre, gingembre, noix de muscade, citronnelle, piments...) et de thé.
Mais avant il faut que je sacrifie à la principale attraction du Kerala, à savoir le réseau très important de lagunes (les backwaters) alimentées par les eaux des montagnes et la mer d’Arabie. J’ai prévu cependant d’éviter la promenade en house-boat (une grosse barque recouverte d’une habitation en bois et toit de feuillage), car ça sent un peu trop l’exotisme frelaté.
J’irai d’abord à Kollam pour faire une excursion dans une barque maniée à la perche, puis prendrai le ferry public pour Allapujah, d’où des bus partent pour les montagnes.
Mais avant il faut que je sacrifie à la principale attraction du Kerala, à savoir le réseau très important de lagunes (les backwaters) alimentées par les eaux des montagnes et la mer d’Arabie. J’ai prévu cependant d’éviter la promenade en house-boat (une grosse barque recouverte d’une habitation en bois et toit de feuillage), car ça sent un peu trop l’exotisme frelaté.
J’irai d’abord à Kollam pour faire une excursion dans une barque maniée à la perche, puis prendrai le ferry public pour Allapujah, d’où des bus partent pour les montagnes.
dimanche 13 août 2017
13 août, anniversaire d'Anne
Pour fêter ça, je vais la chercher en vespa à son hôtel, Vishram Village, après le déjeuner car elle croule sous les occupations, entre massage et médecine ayurvédique, yoga et préparation des séances de médecine halotropique. Gérard, un architecte de Lausanne, lui a interprété ce matin un air de circonstance sur son harmonica.
J’arrive du premier coup à trouver la route allant à Vishram Village : pourtant ce n’est pas évident, tout au bout d’un labyrinthe principalement fréquenté par des motos et des tuk tuk, et pas du tout indiqué. A l’entrée je parlemente avec le gardien pour qu’il me laisse rentrer, lui expliquant que je viens chercher ma femme pour l’emmener à mon hôtel, ce qui ne le décide pas à ouvrir la porte, il demeure très circonspect. Heureusement Anne traîne justement par là à la recherche d’un oreiller plus mou, ce qui contraint le cerbère à abandonner tout raisonnement logique.
Nous décidons de faire une promenade à pied le long de la falaise. Les restaurants et les boutiques se succèdent sans discontinuer pendant plusieurs kilomètres, avec un chemin dominant franchement la mer, très agréable, et les rouleaux venant se fracasser contre les rochers. Les installations touristiques finissent par s’espacer avant de disparaître et céder la place aux palmiers et aux barques de pêcheurs. Cela correspond aussi à la fin de la portion la plus élevée de la falaise, régulièrement entaillée par les embouchures de petits cours d’eau. De lieu en lieu nous observons des groupes de corneilles survolant la falaise. Elles dénotent des décharges sauvages plus importantes que les autres : il ne vaut mieux pas regarder en contre-bas.
Plus loin, nous observons deux pêcheurs repriser une barque traditionnelle : en effet, les lattes en bois sont fermement tenues ensemble par des cordelettes probablement en fibre de coco. Ils se repassent l’aiguille de part et d’autre de la coque.
Un peu plus loin, ce sont une dizaine de grandes barques qui patientent sur le sable, près d’une mosquée jaune. C’est la troisième que nous verrons pendant cette promenade. Et pourtant au Kerala le christianisme est la deuxième religion devant l’islam.
Nous terminons en longeant une lagune où évoluent les aigrettes et les grues, assistons à une demi-baignade tamoule, donc toute habillée, et prenons un tuk tuk pour rentrer.
La journée s’achève dans un restaurant au nom étrange, Gods Own Country Kitchen, où un serveur sautillant coiffé d’un bandeau s’exprime à peu près comme Johnny Depp dans Pirate des Caraïbes. Alors que toutes les tables sont couvertes de chopes à bière, il refuse en grimaçant de nous en servir une, en justifiant sa position par des contrôles en cours chez d’autres restaurateurs, également démunis de licence. En dédommagement nous obtenons toutefois un cocktail à base de noix de coco. Nous dégustons un bon poisson à la kéralaise, assez piquant, en écoutant le bruit des vagues en dessous de nous.
J’arrive du premier coup à trouver la route allant à Vishram Village : pourtant ce n’est pas évident, tout au bout d’un labyrinthe principalement fréquenté par des motos et des tuk tuk, et pas du tout indiqué. A l’entrée je parlemente avec le gardien pour qu’il me laisse rentrer, lui expliquant que je viens chercher ma femme pour l’emmener à mon hôtel, ce qui ne le décide pas à ouvrir la porte, il demeure très circonspect. Heureusement Anne traîne justement par là à la recherche d’un oreiller plus mou, ce qui contraint le cerbère à abandonner tout raisonnement logique.
Nous décidons de faire une promenade à pied le long de la falaise. Les restaurants et les boutiques se succèdent sans discontinuer pendant plusieurs kilomètres, avec un chemin dominant franchement la mer, très agréable, et les rouleaux venant se fracasser contre les rochers. Les installations touristiques finissent par s’espacer avant de disparaître et céder la place aux palmiers et aux barques de pêcheurs. Cela correspond aussi à la fin de la portion la plus élevée de la falaise, régulièrement entaillée par les embouchures de petits cours d’eau. De lieu en lieu nous observons des groupes de corneilles survolant la falaise. Elles dénotent des décharges sauvages plus importantes que les autres : il ne vaut mieux pas regarder en contre-bas.
Plus loin, nous observons deux pêcheurs repriser une barque traditionnelle : en effet, les lattes en bois sont fermement tenues ensemble par des cordelettes probablement en fibre de coco. Ils se repassent l’aiguille de part et d’autre de la coque.
Un peu plus loin, ce sont une dizaine de grandes barques qui patientent sur le sable, près d’une mosquée jaune. C’est la troisième que nous verrons pendant cette promenade. Et pourtant au Kerala le christianisme est la deuxième religion devant l’islam.
Nous terminons en longeant une lagune où évoluent les aigrettes et les grues, assistons à une demi-baignade tamoule, donc toute habillée, et prenons un tuk tuk pour rentrer.
La journée s’achève dans un restaurant au nom étrange, Gods Own Country Kitchen, où un serveur sautillant coiffé d’un bandeau s’exprime à peu près comme Johnny Depp dans Pirate des Caraïbes. Alors que toutes les tables sont couvertes de chopes à bière, il refuse en grimaçant de nous en servir une, en justifiant sa position par des contrôles en cours chez d’autres restaurateurs, également démunis de licence. En dédommagement nous obtenons toutefois un cocktail à base de noix de coco. Nous dégustons un bon poisson à la kéralaise, assez piquant, en écoutant le bruit des vagues en dessous de nous.
samedi 12 août 2017
C’est mon épouse, mais elle ne dort pas dans le même hôtel que moi
Se faire comprendre par un Indien n’est pas toujours évident, mais allez lui expliquer une situation un peu compliquée :
- Mon épouse va venir bientôt, si vous voyez une femme c’est elle
- OK Mister, il faudra qu’elle nous donne son passeport quand elle arrivera
- Non ce n’est pas la peine, elle ne dormira pas ici
- Mais Mister vous restez bien trois jours ?
- Oui, mais elle est à un autre hôtel, on dort dans deux hôtels différents, vous comprenez ?
- OK Mister. Mais vous êtes sûr que c’est votre femme au moins ?
Bon la dernière réplique c’est ma traduction de la mine perplexe du réceptionniste. Il devait penser que j’avais une relation illégitime avec la femme d’un autre, que je suivais dans ses pérégrinations familiales un peu à l’écart. C’est la seule explication plausible à la situation après tout. Va lui parler de respiration halotropique à l’Indien.
Tiens voilà justement ma maîtresse qui débarque d’un tuk tuk.
- Mon épouse va venir bientôt, si vous voyez une femme c’est elle
- OK Mister, il faudra qu’elle nous donne son passeport quand elle arrivera
- Non ce n’est pas la peine, elle ne dormira pas ici
- Mais Mister vous restez bien trois jours ?
- Oui, mais elle est à un autre hôtel, on dort dans deux hôtels différents, vous comprenez ?
- OK Mister. Mais vous êtes sûr que c’est votre femme au moins ?
Bon la dernière réplique c’est ma traduction de la mine perplexe du réceptionniste. Il devait penser que j’avais une relation illégitime avec la femme d’un autre, que je suivais dans ses pérégrinations familiales un peu à l’écart. C’est la seule explication plausible à la situation après tout. Va lui parler de respiration halotropique à l’Indien.
Tiens voilà justement ma maîtresse qui débarque d’un tuk tuk.
En attendant Anne
Revenu à une meilleure forme, je vais sur la plage pour voir s’il y a des surfers voire des planches à voile ou catamarans. Mais en pratique, comme c’est encore la saison de la mousson, le club de surf est fermé, de grosses vagues déferlent sur le rivage, et les drapeaux rouge claquent au vent. Personne ne se baigne à cause des courants, assez violents.
Il y a malgré tout deux activités sur la plage : des promeneurs qui viennent timidement mouiller le bout de leurs orteils dans l’écume des vagues, et qui parfois se replient en criant devant un assaut liquide plus déterminé que les autres ; des moines qui accueillent les âmes en mal de consolation, sur de petites estrades de sable où ils s’abritent sous un parasol.
Je constate tout cela sur la petite terrasse d’un restaurant, qui me sert une tranche de dorade coryphène bien grillée. Quand les clients quittent leur table, les corneilles postées dans les arbres environnants atterrissent tout de suite et nettoient les reliefs à grands coups de bec. Elles ne se laissent pas impressionner par les moulinets qu’exécutent les touristes qui ont vu les Oiseaux
Une fois rentré à la villa, je m’installe à ma terrasse, fraiche et verdoyante, et je me mets au blog, en attendant qu’Anne se libère de ses occupations. Un chat me rend visite avant elle.
Il y a malgré tout deux activités sur la plage : des promeneurs qui viennent timidement mouiller le bout de leurs orteils dans l’écume des vagues, et qui parfois se replient en criant devant un assaut liquide plus déterminé que les autres ; des moines qui accueillent les âmes en mal de consolation, sur de petites estrades de sable où ils s’abritent sous un parasol.
Je constate tout cela sur la petite terrasse d’un restaurant, qui me sert une tranche de dorade coryphène bien grillée. Quand les clients quittent leur table, les corneilles postées dans les arbres environnants atterrissent tout de suite et nettoient les reliefs à grands coups de bec. Elles ne se laissent pas impressionner par les moulinets qu’exécutent les touristes qui ont vu les Oiseaux
Une fois rentré à la villa, je m’installe à ma terrasse, fraiche et verdoyante, et je me mets au blog, en attendant qu’Anne se libère de ses occupations. Un chat me rend visite avant elle.
Un voyage en train entre confort et malaise
Après deux heures de sommeil, je quitte l'hôtel à 3h30 pour aller attraper mon train pour le Kerala. Il y a deux enjeux : monter dans le bon train (pas si évident car le mien a une heure de retard, et d’autres passent avant), et être bien positionné sur le quai (les trains indiens sont très longs).
Après quelques tâtonnements, demandes de confirmation et observations, j'ai l'impression de ne pas être trop mal. Si j'interprète bien les codes lumineux affichés sur le quai, c'est même plutôt bien indiqué dans cette grande gare, où certains dorment par terre en attendant leur train.
Finalement le mien arrive et je trouve rapidement ma couchette. Elle est installée en hauteur, le long du couloir, et isolée par un rideau. Je suis en seconde climatisée, c'est pas mal, il y a même des draps. Mais je n'arrive pas à me rendormir,
Deux heures plus tard, les gamins qui sont montés à Chennai avec leur famille se réveillent et commencent à explorer méthodiquement les possibilités ludiques des environs. Je mange les petits gâteaux que je me suis achetés, et prends un thé à un marchand ambulant.
Malheureusement je ne vois pas l'extérieur, seule la couchette inférieure a une fenêtre. Mon voisin de dessous partant bientôt, je peux la récupérer et profiter de la vue. Ce n’est pas désagréable de voyager couché.
Le train descend très au sud, presque jusqu'au cap Cormorin, pour éviter les montagnes des ghats, avant de remonter vers Trivandrum, mon terminus. Là je prends un train local vers Verkala, à vingt kilomètres, et je prends une troisième classe.
Les Tamouls courent sur le quai pour s'entasser dans les voitures de queue, et je me retrouve inconfortablement coincé debout à l'intérieur d'un compartiment, surplombant des femmes assises. Il fait très chaud et humide, je me sens rapidement assez mal. Mes intestins se rappellent à mon souvenir, et je me demande si je ne suis pas malade. J'ai beau m’accrocher au panier à bagages, ma tête tourne. J'espère que je ne vais pas tomber dans les pommes, car je crois que mon corps en profiterait pour se vider. Ce serait assez pénible dans un wagon aussi bourré à craquer.
Heureusement au bout de dix minutes ça se calme, et je peux descendre à Verkala sans incident. Un coup de tuk tuk, et me voici dans ma jolie villa, son arbre du voyageur, ses frangipaniers, sa mare à canards, et surtout ses toilettes.
Après quelques tâtonnements, demandes de confirmation et observations, j'ai l'impression de ne pas être trop mal. Si j'interprète bien les codes lumineux affichés sur le quai, c'est même plutôt bien indiqué dans cette grande gare, où certains dorment par terre en attendant leur train.
Finalement le mien arrive et je trouve rapidement ma couchette. Elle est installée en hauteur, le long du couloir, et isolée par un rideau. Je suis en seconde climatisée, c'est pas mal, il y a même des draps. Mais je n'arrive pas à me rendormir,
Deux heures plus tard, les gamins qui sont montés à Chennai avec leur famille se réveillent et commencent à explorer méthodiquement les possibilités ludiques des environs. Je mange les petits gâteaux que je me suis achetés, et prends un thé à un marchand ambulant.
Malheureusement je ne vois pas l'extérieur, seule la couchette inférieure a une fenêtre. Mon voisin de dessous partant bientôt, je peux la récupérer et profiter de la vue. Ce n’est pas désagréable de voyager couché.
Le train descend très au sud, presque jusqu'au cap Cormorin, pour éviter les montagnes des ghats, avant de remonter vers Trivandrum, mon terminus. Là je prends un train local vers Verkala, à vingt kilomètres, et je prends une troisième classe.
Les Tamouls courent sur le quai pour s'entasser dans les voitures de queue, et je me retrouve inconfortablement coincé debout à l'intérieur d'un compartiment, surplombant des femmes assises. Il fait très chaud et humide, je me sens rapidement assez mal. Mes intestins se rappellent à mon souvenir, et je me demande si je ne suis pas malade. J'ai beau m’accrocher au panier à bagages, ma tête tourne. J'espère que je ne vais pas tomber dans les pommes, car je crois que mon corps en profiterait pour se vider. Ce serait assez pénible dans un wagon aussi bourré à craquer.
Heureusement au bout de dix minutes ça se calme, et je peux descendre à Verkala sans incident. Un coup de tuk tuk, et me voici dans ma jolie villa, son arbre du voyageur, ses frangipaniers, sa mare à canards, et surtout ses toilettes.
vendredi 11 août 2017
Un dernier shoot de ferveur au temple de Mînâkshî à Madurai
Je suis bien content d'être arrivė à Madurai : c'est la dernière étape avant le Kerala, et probablement le dernier temple visité d'ici le Sri Lanka. Je vais bientôt changer de séquence : le Kerala, ce sera plus la nature, et tout de suite trois nuits d'affilée dans la même villa hôtel, dans un jardin avec vue sur la mer et tout. Des agréments auxquels je ne suis plus très habitué, contrairement à d'autres. Mais seront-ils suffisants pour arracher Anne aux respirateurs ?
Je suis tellement ému de bientôt quitter l'urbanisme survolté et agressif du Tamil Nadu que je monte sur le toit de l'hôtel pour prendre une dernière vue du croisement le plus proche : au delà de la circulation, on y voit une église catholique, un exemple parmi tant d'autres en Inde du Sud, et dans le fond la gare routière, un lieu où je me sens comme chez moi maintenant.
Madurai est une grande ville, comme Trichy, avec environ un million d'habitants. Elle est déjà passée à un stade de développement avancé, avec de nombreux immeubles, des centres commerciaux, de belles boutiques et des trottoirs souvent praticables, le tout côtoyant des quartiers plus informels, aux habitations basses et peu contôlées. Hier, la pluie lourde de la mousson a vite saturé les égouts, transformant certaines rues en piscines, et rendant la circulation des piétons encore plus hasardeuse. Imaginez-moi avec mon gros sac sautant au dessus des flaques pour rejoindre l'hôtel.
Le lendemain, je me dirige vers le temple, et je suis vite abordé, chemin faisant, par un Indien parlant un anglais potable. Il m'interroge sur ma nationalité, je lui demande s'il est guide. "Oh non, je vais juste au boulot". Ca c'est la partie rassurante. "Je suis tailleur en fait, mais c'est pas moi le patron". Il y a beaucoup de tailleurs autour du temple de Madurai, y compris dans un mandapa, une sorte de vestibule hypostyle situé avant l'entrée est du complexe religieux, où leurs machines à coudre sont alignées entre les colonnes sculptées et les empilements de rouleaux de tissu. Ils sont capables de reproduire n'importe quel vêtement en quelques heures.
Le tailleur m'accompagne le long du temple et montre sa boutique, me propose de rentrer, mais devant mon manque d'intérêt n'insiste pas. Je continue ma route jusqu'à l'entrée est où je dépose mes sandales. Le pourtour du temple et les pâtés de maison environnants sont entièrement piétons, ce n'est pas désagréable. Il y a même des panneaux encourageant les usagers à ne pas abîmer le lieu en jetant des détritus, et des poubelles. Cela faisait longtemps que je n'en avais pas vues. Il est vrai que sans système de ramassage des ordures et de recyclage des déchets, une poubelle c'est purement décoratif. Ce qui explique la préférence forcée des Indiens pour les décharges sauvages.
Mais revenons au temple de Mînâkshî, un avatar de Parvati, épouse de Shiva, ici sous sa forme de Sundareshvara (le beau seigneur). Les deux dieux ont chacun leur sanctuaire à l'intérieur du temple, celui de shiva étant plus grand que celui de Mînâkshî, pourtant figure tutélaire du lieu. C'est un temple très sacré pour les Hindous, et toujours populaire. Il a principalement été construit entre 1623 et 1660 à l'initiative de Nayak Tirumalay, même si les travaux avaient commencé soixante ans avant par les successeurs des Pandya. Je vais faire des pages sur ces deux dynasties, leur histoire est intéressante. Les Pandya ont subi des raids particulièrement sévères d'un sultanat turc installé à Delhi au XIVème siècle, notamment à Madurai qui fut assiégée, résista, mais dû négocier la remise de tous ses trésors pour éviter le saccage de la ville et le massacre des habitants. Il y a pourtant plein de mosquées en Inde du Sud, avec des appels à la prière comme dans les pays musulmans, et tout cela vit en bonne intelligence, contrairement au nord de l'Inde, où la situation est plus crispée.
A l'intérieur règne une ferveur extraordinaire, beaucoup de sculptures et de bas reliefs sont honorés. Ci-contre une représentation d'Hanuman, avec un collier de nombreuses prières accroché au pilier. Beaucoup d'Hindous s'arrêtent quelques minutes devant et prient.
Près du bassin sacré du lotus, s'ouvre l'entrée du sanctuaire de Mînâkshî, objet de la vénération des pèlerins, dont beaucoup sont habillés de jaune. Certains déposent une bougie votive, d'autres se prosternent ou se mettent à plat ventre sur le sol.
Je découvre petit à petit l'organisation complexe du temple et admire les plafonds peints des galeries entourant les sanctuaires intérieurs, dans lesquels les non Hindous ne peuvent pas rentrer. A proximité, il y a aussi un autel de Ganesha avec une statue du dieu à tête d'éléphant, bien replet (ci-contre une photo de Ganesha prise au temple de X), veillé en permanence par un prêtre qui gère les offrandes des dévots. Il est interdit de le photographier mais je peux au moins vous raconter son histoire familiale dramatique.
Ganesha est le fils de Parvati (rappelons que le couple divin n'a pas procréé ensemble de façon à ne pas déséquilibrer l'ordre du monde). Je cède momentanément la parole à Wikipedia.
D'autres en auraient conçu quelque rancœur, mais Ganesha est une bonne pâte. Il est le dieu qui supprime les obstacles, de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation et de la prudence, le patron des écoles et des travailleurs du savoir. Il est aujourd'hui très apprécié des Hindous.
Dans le musée abrité par la salle aux milles colonnes, on trouve des sculptures sur ivoire érotiques, et cette fois-ci j'ai pu faire une photo, bande de vicieux.
Pour la vision d'Anne sur le même lieu, c'est par ici.
Je suis tellement ému de bientôt quitter l'urbanisme survolté et agressif du Tamil Nadu que je monte sur le toit de l'hôtel pour prendre une dernière vue du croisement le plus proche : au delà de la circulation, on y voit une église catholique, un exemple parmi tant d'autres en Inde du Sud, et dans le fond la gare routière, un lieu où je me sens comme chez moi maintenant.
Madurai est une grande ville, comme Trichy, avec environ un million d'habitants. Elle est déjà passée à un stade de développement avancé, avec de nombreux immeubles, des centres commerciaux, de belles boutiques et des trottoirs souvent praticables, le tout côtoyant des quartiers plus informels, aux habitations basses et peu contôlées. Hier, la pluie lourde de la mousson a vite saturé les égouts, transformant certaines rues en piscines, et rendant la circulation des piétons encore plus hasardeuse. Imaginez-moi avec mon gros sac sautant au dessus des flaques pour rejoindre l'hôtel.
Le lendemain, je me dirige vers le temple, et je suis vite abordé, chemin faisant, par un Indien parlant un anglais potable. Il m'interroge sur ma nationalité, je lui demande s'il est guide. "Oh non, je vais juste au boulot". Ca c'est la partie rassurante. "Je suis tailleur en fait, mais c'est pas moi le patron". Il y a beaucoup de tailleurs autour du temple de Madurai, y compris dans un mandapa, une sorte de vestibule hypostyle situé avant l'entrée est du complexe religieux, où leurs machines à coudre sont alignées entre les colonnes sculptées et les empilements de rouleaux de tissu. Ils sont capables de reproduire n'importe quel vêtement en quelques heures.
Le tailleur m'accompagne le long du temple et montre sa boutique, me propose de rentrer, mais devant mon manque d'intérêt n'insiste pas. Je continue ma route jusqu'à l'entrée est où je dépose mes sandales. Le pourtour du temple et les pâtés de maison environnants sont entièrement piétons, ce n'est pas désagréable. Il y a même des panneaux encourageant les usagers à ne pas abîmer le lieu en jetant des détritus, et des poubelles. Cela faisait longtemps que je n'en avais pas vues. Il est vrai que sans système de ramassage des ordures et de recyclage des déchets, une poubelle c'est purement décoratif. Ce qui explique la préférence forcée des Indiens pour les décharges sauvages.
Mais revenons au temple de Mînâkshî, un avatar de Parvati, épouse de Shiva, ici sous sa forme de Sundareshvara (le beau seigneur). Les deux dieux ont chacun leur sanctuaire à l'intérieur du temple, celui de shiva étant plus grand que celui de Mînâkshî, pourtant figure tutélaire du lieu. C'est un temple très sacré pour les Hindous, et toujours populaire. Il a principalement été construit entre 1623 et 1660 à l'initiative de Nayak Tirumalay, même si les travaux avaient commencé soixante ans avant par les successeurs des Pandya. Je vais faire des pages sur ces deux dynasties, leur histoire est intéressante. Les Pandya ont subi des raids particulièrement sévères d'un sultanat turc installé à Delhi au XIVème siècle, notamment à Madurai qui fut assiégée, résista, mais dû négocier la remise de tous ses trésors pour éviter le saccage de la ville et le massacre des habitants. Il y a pourtant plein de mosquées en Inde du Sud, avec des appels à la prière comme dans les pays musulmans, et tout cela vit en bonne intelligence, contrairement au nord de l'Inde, où la situation est plus crispée.
A l'intérieur règne une ferveur extraordinaire, beaucoup de sculptures et de bas reliefs sont honorés. Ci-contre une représentation d'Hanuman, avec un collier de nombreuses prières accroché au pilier. Beaucoup d'Hindous s'arrêtent quelques minutes devant et prient.
Près du bassin sacré du lotus, s'ouvre l'entrée du sanctuaire de Mînâkshî, objet de la vénération des pèlerins, dont beaucoup sont habillés de jaune. Certains déposent une bougie votive, d'autres se prosternent ou se mettent à plat ventre sur le sol.
Je découvre petit à petit l'organisation complexe du temple et admire les plafonds peints des galeries entourant les sanctuaires intérieurs, dans lesquels les non Hindous ne peuvent pas rentrer. A proximité, il y a aussi un autel de Ganesha avec une statue du dieu à tête d'éléphant, bien replet (ci-contre une photo de Ganesha prise au temple de X), veillé en permanence par un prêtre qui gère les offrandes des dévots. Il est interdit de le photographier mais je peux au moins vous raconter son histoire familiale dramatique.
Ganesha est le fils de Parvati (rappelons que le couple divin n'a pas procréé ensemble de façon à ne pas déséquilibrer l'ordre du monde). Je cède momentanément la parole à Wikipedia.
Shiva, rentrant d’une longue période de méditation dans l’Himalaya, trouva un jeune homme barrant la porte de sa maison pour l’empêcher d’entrer tandis que Pârvatî prenait son bain. Ce garçon était le fils que la (demi-)déesse s’était conçue, au moyen de la poussière et des onguents qu’elle avait raclés de sur sa peau, pour lui tenir compagnie durant sa solitude. Furieux de se voir interdire l’entrée de sa maison, Shiva sortit son épée et coupa la tête de son « fils » qui roula au loin et devint introuvable.
S’apercevant de cela, Pârvatî lui raconta toute l’histoire et, inconsolable, exigea qu’il redonne vie à son fils sur le champ. Shiva promit de remplacer la tête par celle de la première créature qui se présenterait, plus exactement par la tête du premier "enfant" hors de la vue de sa mère. Le premier être rencontré correspondant à cette description fut un éléphanteau dont la mère dormait en lui tournant le dos… Par cet acte, et bien que Ganesh ait été conçu sans lui, Shiva assume sa paternité.
D'autres en auraient conçu quelque rancœur, mais Ganesha est une bonne pâte. Il est le dieu qui supprime les obstacles, de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation et de la prudence, le patron des écoles et des travailleurs du savoir. Il est aujourd'hui très apprécié des Hindous.
Dans le musée abrité par la salle aux milles colonnes, on trouve des sculptures sur ivoire érotiques, et cette fois-ci j'ai pu faire une photo, bande de vicieux.
Anne sur un nuage à Vishram
Suite à la conversation du 09/08 avec Alice sur les respirateurs, j'ai eu droit à une réponse.
Je voulais dire au papa que je n'en ai pas marre de bouffer du bus et des temples 😉.... Parce que moi, j'ai eu la bonne dose ! Et que notre minibus était confortable, le chauffeur et ses assistants adorables !! 😃
Fallait venir avec moi ! 😜
Et puis maintenant, c'est super agréable de se faire masser... + 2 cours de yoga dans la journée (ça ressemble d'ailleurs plutôt à mes cours de gym, en plus doux)... de quoi se requinquer ! Quant à la respi, elle ne commence que lundi 😌
jeudi 10 août 2017
Mais pourquoi tu ne voyages pas avec les respirateurs ?
Encore quatre heures de bus public, avec une arrivée tout suant avec mon sac à dos à Madurai, grande ville hébergeant un temple particulièrement sacré de Shiva. Cette fois-ci je vais passer deux nuits dans le même hôtel, ce sera la première fois depuis le début du voyage. Toutefois la deuxième nuit sera courte car mon train pour le Kerala partira à 4h du matin...
Mais pourquoi je ne suis pas parti avec les respirateurs me direz-vous ? C'est vrai ça : tout est organisé, le mini-bus est climatisé, les hébergements luxueux et à l'écart des grandes villes, il y a même des rencontres prévues dans des ashrams ou d'autres communautés. Il y a aussi six jours de soin intensifs dans le Kerala, dans un village tenu par un couple de Français, avec massages, médecine ayurvédique, respiration holotropique etc.
Ben alors Christian, t'es pas un peu con des fois ?
Ca faisait un peu beaucoup pour moi le mélange voyage organisé avec un groupe de Français + médecines et thérapies alternatives + expériences para-spirituelles, j'avais des réserves vu ma nature foncièrement misanthrope, asociale et rationnelle.
J'ai quand même rencontré la thérapeute, pour voir (et aussi par ce qu'Anne avait fait l'effort de partir deux semaines en navigation avec moi et des gens qu'elle ne connaissait pas, en mai). Le courant n'est pas passé. Je lui ai exprimé mes réserves, mon souhait de ne pas participer à toutes les activités (notamment les séances de respiration par exemple), et globalement j'ai eu deux réponses :
Et effectivement Anne et moi n'avons pas voyagé de la même façon : son voyage l'a bien plus préservée et reposée. Quelques réalités pas toujours faciles à vivre ont été escamotées par la logistique déployée. Mais elle a aussi eu plus de rencontres que moi. Tout cela pour un budget évidemment très différent.
Mais de toute façon ce que je vis me correspond mieux. Au restaurant, j'ai Life, mon autobiographie de Keith Richards, le guitariste des Rolling Stones, qui est un bouquin vivant et passionnant, je le conseille (ci-dessous en 1971 jouant une 5 cordes en open tuning). Du coup je n'ai pas l'impression d'être trop zarbi, bien que des voyageurs solitaires comme moi, je n'en aie pas vus. A vrai dire ça m'est égal, je l'ai déjà fait, je survis assez bien sans personne à qui parler.
Mais pourquoi je ne suis pas parti avec les respirateurs me direz-vous ? C'est vrai ça : tout est organisé, le mini-bus est climatisé, les hébergements luxueux et à l'écart des grandes villes, il y a même des rencontres prévues dans des ashrams ou d'autres communautés. Il y a aussi six jours de soin intensifs dans le Kerala, dans un village tenu par un couple de Français, avec massages, médecine ayurvédique, respiration holotropique etc.
Ben alors Christian, t'es pas un peu con des fois ?
Ca faisait un peu beaucoup pour moi le mélange voyage organisé avec un groupe de Français + médecines et thérapies alternatives + expériences para-spirituelles, j'avais des réserves vu ma nature foncièrement misanthrope, asociale et rationnelle.
J'ai quand même rencontré la thérapeute, pour voir (et aussi par ce qu'Anne avait fait l'effort de partir deux semaines en navigation avec moi et des gens qu'elle ne connaissait pas, en mai). Le courant n'est pas passé. Je lui ai exprimé mes réserves, mon souhait de ne pas participer à toutes les activités (notamment les séances de respiration par exemple), et globalement j'ai eu deux réponses :
- le souci que mon retrait ne casse la dynamique du groupe, dont la taille était réduite de façon à la favoriser
- au cas où je ne participerai pas à certaines activités thérapeutiques, ce serait de toute façon le même prix.
Et effectivement Anne et moi n'avons pas voyagé de la même façon : son voyage l'a bien plus préservée et reposée. Quelques réalités pas toujours faciles à vivre ont été escamotées par la logistique déployée. Mais elle a aussi eu plus de rencontres que moi. Tout cela pour un budget évidemment très différent.
Mais de toute façon ce que je vis me correspond mieux. Au restaurant, j'ai Life, mon autobiographie de Keith Richards, le guitariste des Rolling Stones, qui est un bouquin vivant et passionnant, je le conseille (ci-dessous en 1971 jouant une 5 cordes en open tuning). Du coup je n'ai pas l'impression d'être trop zarbi, bien que des voyageurs solitaires comme moi, je n'en aie pas vus. A vrai dire ça m'est égal, je l'ai déjà fait, je survis assez bien sans personne à qui parler.
Anne arrive à Vishram Village avec les respirateurs
Le Kerala est superbe et je suis maintenant dans un petit coin de paradis : des petits bungalows disséminés dans la verdure, avec en bas un joli lac, et ma chambrette donne dessus !! Et ce coup-ci, j'y suis toute seule (et du coup, elle est plus petite que les autres, avec un joli petit lit !). J'aurai peut-être bientôt un invité, s'il est sage 😂
Et maintenant, je file pour mes soins (j'ai déjà eu une séance de yoga devant le lac, j'ai fait trempette puis j'ai eu ma consultation avec la doctoresse en médecine ayurvédique, qui m'a prescrit 1h1/2 de massage) 👍🏻😅😘
Mais pourquoi je me suis laisser arnaquer comme ça ?
Après le temple, je vais faire un tour au Rock Fort Temple. Il s’agit d’un complexe de temples et d’autels étagés sur les escaliers qui mènent au sommet d’un promontoire rocheux dominant la ville de Trichy.
En bas il y a beaucoup de pélerins, en tenue safran pour les femmes, qui se reposent en attendant un service religieux ou l’heure du repas collectif.
Un Tamoul m’aborde dans un Français qui a l’air correct, et je négocie avec lui un prix élevé (10 €) pour la visite du complexe (qui comprend plein de zones interdites pas toujours identifiables) et un accompagnement vers un site où ont lieu en ce moment des rituels près du fleuve, la Cauvery.
En fait je découvrirai assez rapidement que malgré les références qu'il m'a sorties pour me convaincre, il n'a pas grand chose d'intéressant à me dire. Il vaut mieux lire Wikipedia qu'écouter un guide dans ce pays. J'aurais dû me méfier, pendant la négociation il m'a rappelé ce que représentait la somme qu'il me demandait en euros, pour me la faire accepter avec 20% de réduction, et précisé que cela intégrait le trajet en rickshaw.
Une fois redescendu du sommet du Rock Fort, dont la visite n'était peut être pas indispensable, il m'emmène voir le lieu des rituels. Finalement plus de rickshaw, il me propose de monter à l'arrière de sa moto (en plus, même pas une Royal Enfield, la Harley des Indiens, c'est la loose).
Contre toute prudence j'accepte, alors que j'ai le temps de réfléchir en allant chercher mes sandales. Même pas de casque. On fait de ces trucs stupides parfois.
Toutefois cela ne se passe pas mal sinon un arrêt inopiné et bref du moteur de la bécane. Il m'amène sur une esplanade près du lit du fleuve à sec (il n'a pas plus depuis plusieurs années), et m'explique que c'est ici qu'on lieu les rituels les plus fréquents, comme les crémations, les mariages, les demandes d'intercession et les remerciements. Tous ces services sont assurés par des brahmanes qui restent là à demeure.
Ce n'est pas très spectaculaire et nous en avons vite fini. Evidemment il a garé sa moto près du magasin d'antiquité de son cousin, mais bon, il y a des limites. Je refuse d'entrer. Il tente de me faire arrondir la somme que nous avions convenue (
N'empêche que je me suis bien laissé avoir. Ce type avait au moins un talent, celui d'embobiner en donnant l'impression d'être amical et professionnel. Toujours les mêmes ficelles. Un moment de faiblesse devant tant d'aplomb ? Le souhait d'avoir enfin un guide un peu intéressant et compréhensible ? Le problème est que ce genre de déception génère de l'animosité contre tous les Indiens, et je n'aurai pas de trop avec le trajet vers Madurai pour me calmer. Pourtant le montant en jeu était faible.
En bas il y a beaucoup de pélerins, en tenue safran pour les femmes, qui se reposent en attendant un service religieux ou l’heure du repas collectif.
Un Tamoul m’aborde dans un Français qui a l’air correct, et je négocie avec lui un prix élevé (10 €) pour la visite du complexe (qui comprend plein de zones interdites pas toujours identifiables) et un accompagnement vers un site où ont lieu en ce moment des rituels près du fleuve, la Cauvery.
En fait je découvrirai assez rapidement que malgré les références qu'il m'a sorties pour me convaincre, il n'a pas grand chose d'intéressant à me dire. Il vaut mieux lire Wikipedia qu'écouter un guide dans ce pays. J'aurais dû me méfier, pendant la négociation il m'a rappelé ce que représentait la somme qu'il me demandait en euros, pour me la faire accepter avec 20% de réduction, et précisé que cela intégrait le trajet en rickshaw.
Une fois redescendu du sommet du Rock Fort, dont la visite n'était peut être pas indispensable, il m'emmène voir le lieu des rituels. Finalement plus de rickshaw, il me propose de monter à l'arrière de sa moto (en plus, même pas une Royal Enfield, la Harley des Indiens, c'est la loose).
Contre toute prudence j'accepte, alors que j'ai le temps de réfléchir en allant chercher mes sandales. Même pas de casque. On fait de ces trucs stupides parfois.
Toutefois cela ne se passe pas mal sinon un arrêt inopiné et bref du moteur de la bécane. Il m'amène sur une esplanade près du lit du fleuve à sec (il n'a pas plus depuis plusieurs années), et m'explique que c'est ici qu'on lieu les rituels les plus fréquents, comme les crémations, les mariages, les demandes d'intercession et les remerciements. Tous ces services sont assurés par des brahmanes qui restent là à demeure.
Ce n'est pas très spectaculaire et nous en avons vite fini. Evidemment il a garé sa moto près du magasin d'antiquité de son cousin, mais bon, il y a des limites. Je refuse d'entrer. Il tente de me faire arrondir la somme que nous avions convenue (
Pas de petit cadeau ?), mais je lui dis bien calmement que c'est déjà très cher payé pour ce qu'il m'a apporté, et il n'insiste pas.
N'empêche que je me suis bien laissé avoir. Ce type avait au moins un talent, celui d'embobiner en donnant l'impression d'être amical et professionnel. Toujours les mêmes ficelles. Un moment de faiblesse devant tant d'aplomb ? Le souhait d'avoir enfin un guide un peu intéressant et compréhensible ? Le problème est que ce genre de déception génère de l'animosité contre tous les Indiens, et je n'aurai pas de trop avec le trajet vers Madurai pour me calmer. Pourtant le montant en jeu était faible.
Temple de Sri Ranganthaswamy à Tiruchirappali
Je vais vous la faire vite car ce temple dédié à Vishnu, sous sa forme au repos sur un serpent multicéphale, est pour ses deux enceintes internes interdit aux non Hindous. Il y a sept enceintes en tout, au moins marquées virtuellement par les gopurams. L’enceinte extérieure couvre un périmètre d’une soixantaine d’hectares, largement envahi par l’activité de la ville. Ici la quatrième porte, et à droite, la vue prise depuis un toit depuis l'autre côté, avec l'enfilade des gopurams (jusqu'au 7ème, qui a été édifié il y a seulement quelques années). Le complexe a commencé à être construit par les Chola, puis les dynasties suivantes l'ont étendu et enrichi.
Evidemment ce qui est marquant ce sont surtout les sculptures peintes, une fois tous les dix ans environ.
Du temple on peut surtout admirer, entre la cinquième et la sixième enceinte, plusieurs salles hypostyles, dont une à 1000 colonnes qui n’était pas accessible. Il y en avait une autre plus petite, le Sesha Mandapa, merveilleusement sculptée. Des cultes sont rendus à certaines des bas-reliefs de cette salle, comme ici à Hanumān, le dieu singe.
Grand admirateur de Râma (héros de l'épopée du Ramayana, et également un avatar de Vishnu, ), Hanumān l'a rencontré à la recherche de sa femme Sîtâ, perdu dans la forêt. Il l'a aidé à vaincre le roi des démons Râvana, qui avait enlevé Sîtâ, puis a refusé toute récompense, trop heureux d'avoir aidé son idole à faire triompher le bien. Il personnifie la force et aussi la sagesse, et est très populaire actuellement. Vaches, serpents et singes sont les animaux les plus sacrés de l'Inde, du fait de leurs relations avec les dieux.
Cette appropriation des sculptures même mineures par les fidèles (ici une colonne) dénote une ferveur très spontanée, que rien ne vient entraver. J'aime bien ça.
Toujours dans la même zone, j’ai trouvé un petit musée présentant quelques sculptures érotiques sur ivoire de la période Nayak. Mais malheureusement il était interdit de les photographier. Il faudra attendre l’article sur le musée de Madurai pour pouvoir vous rincer l’oeil.
Le temple a une vie très active. La petite fille de la photo ci-dessous a le crâne rasé en signe de reconnaissance, pour remercier d'une maladie guérie. Elle est à côté de sa famille, la grand-mère fait une sieste. A droite, entrée de quelques hindous dans la quatrième enceinte. Ils marchent sur le tapis car la pierre commence à bien chauffer les pieds nus.
Evidemment ce qui est marquant ce sont surtout les sculptures peintes, une fois tous les dix ans environ.
Du temple on peut surtout admirer, entre la cinquième et la sixième enceinte, plusieurs salles hypostyles, dont une à 1000 colonnes qui n’était pas accessible. Il y en avait une autre plus petite, le Sesha Mandapa, merveilleusement sculptée. Des cultes sont rendus à certaines des bas-reliefs de cette salle, comme ici à Hanumān, le dieu singe.
Grand admirateur de Râma (héros de l'épopée du Ramayana, et également un avatar de Vishnu, ), Hanumān l'a rencontré à la recherche de sa femme Sîtâ, perdu dans la forêt. Il l'a aidé à vaincre le roi des démons Râvana, qui avait enlevé Sîtâ, puis a refusé toute récompense, trop heureux d'avoir aidé son idole à faire triompher le bien. Il personnifie la force et aussi la sagesse, et est très populaire actuellement. Vaches, serpents et singes sont les animaux les plus sacrés de l'Inde, du fait de leurs relations avec les dieux.
Cette appropriation des sculptures même mineures par les fidèles (ici une colonne) dénote une ferveur très spontanée, que rien ne vient entraver. J'aime bien ça.
Toujours dans la même zone, j’ai trouvé un petit musée présentant quelques sculptures érotiques sur ivoire de la période Nayak. Mais malheureusement il était interdit de les photographier. Il faudra attendre l’article sur le musée de Madurai pour pouvoir vous rincer l’oeil.
Le temple a une vie très active. La petite fille de la photo ci-dessous a le crâne rasé en signe de reconnaissance, pour remercier d'une maladie guérie. Elle est à côté de sa famille, la grand-mère fait une sieste. A droite, entrée de quelques hindous dans la quatrième enceinte. Ils marchent sur le tapis car la pierre commence à bien chauffer les pieds nus.
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